Alain Libolt dans La Version de Browning


Vu hier soir La Version de Browning, pièce magistrale dont l’action se situe au sein d’une «public school» dans les années 50.
« En deux heures de temps réel, une fin d’après-midi, le dernier jour de l’année scolaire, Rattigan nous fait assister à l’émergence implacable de la vérité » écrit Didier Bezace, metteur en scène inspiré de ce théâtre de la cruauté.
Au soir de sa carrière, Crocker-Harris, un professeur émérite est renvoyé sans aménité à sa solitude, que trouble un jeune élève plein de sollicitude. Dans un décor unique d’une salle de classe vide, les conventions cèdent progressivement et le mensonge de toute une vie affleure.
Bezace emprunte davantage au cinéma qu’aux canons dramatiques pour nous narrer cette monstrueuse mascarade sociale. L’univers délétère et compassé de l'institution scolaire anglaise m’a d’ailleurs fait penser au troublant Accident de Joseph Losey.
Sorte de huis clos implacable, La Version de Browning avance comme un thriller. A la vacance du décor répondent des dialogues sobres, précis, coupants. Alain Libolt (vu chez Rohmer et Rivette) est tout simplement bouleversant dans son rôle d’homme blessé, drapé dans une douloureuse dignité.
A ne pas manquer.
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 25 février.