23/2/2005 L'homme blessé

Alain Libolt dans La Version de Browning
Vu hier soir La Version de Browning, pièce magistrale dont l’action se situe au sein d’une «public school» dans les années 50.
« En deux heures de temps réel, une fin d’après-midi, le dernier jour de l’année scolaire, Rattigan nous fait assister à l’émergence implacable de la vérité » écrit Didier Bezace, metteur en scène inspiré de ce théâtre de la cruauté.
Au soir de sa carrière, Crocker-Harris, un professeur émérite est renvoyé sans aménité à sa solitude, que trouble un jeune élève plein de sollicitude. Dans un décor unique d’une salle de classe vide, les conventions cèdent progressivement et le mensonge de toute une vie affleure.
Bezace emprunte davantage au cinéma qu’aux canons dramatiques pour nous narrer cette monstrueuse mascarade sociale. L’univers délétère et compassé de l'institution scolaire anglaise m’a d’ailleurs fait penser au troublant Accident de Joseph Losey.
Sorte de huis clos implacable, La Version de Browning avance comme un thriller. A la vacance du décor répondent des dialogues sobres, précis, coupants. Alain Libolt (vu chez Rohmer et Rivette) est tout simplement bouleversant dans son rôle d’homme blessé, drapé dans une douloureuse dignité.
A ne pas manquer.
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 25 février.



Commentaires
De Bezace, j'ai aussi vu cette année "Avis aux Intéressés" d'après Keene. C'était la première fois que je voyais l'équivalent de fondus au noir au théâtre ! J'aime ces mises en scène hybrides, entre codes dramatiques et cinématographiques.
Qu'appelez vous ainsi ?
En tant qu'éclairagiste cela m'interpelle...
Dommage qu'il n'y ait pas plus d'articles sur le théâtre dans les parages, cela m'amuse beaucoup de vous lire, particulièrement quand vous comparez théâtre et cinéma. :o)
Merci pour votre explication, je ne comprennais pas ce qu'il y avait d'exceptionnel dans ce que je comprennais comme un "fade out". Me voilà éclairé...
Des lumières expressionnistes ? Damn je commence à regretter de ne pas avoir vu ce spectacle ! Tout comme The Elephant vanishes, j'ai encore raté quelque chose. pfff
Vos propos ne me semblent pas naïfs, j'ai un peu de mal quand vous cherchez des comparaisons qui pour moi ne méritent pas d'être systématiques. Ça me semble un peu comme analyser un concert en cherchant les différences avec l'écoute d'un album au risque de négliger ce qui me semble fondamental et que Benj' mettait en avant: la prise aux tripes. Mais ce n'est qu'un point de vue. Les deux sont certainement défendables et sans doute pas incompatibles.
En espérant que vous verrez d'autres spectacles vraiment interressants pour vous lire à nouveau.