23/2/2005 L'homme blessé


Alain Libolt dans La Version de Browning


Vu hier soir La Version de Browning, pièce magistrale dont l’action se situe au sein d’une «public school» dans les années 50.
« En deux heures de temps réel, une fin d’après-midi, le dernier jour de l’année scolaire, Rattigan nous fait assister à l’émergence implacable de la vérité » écrit Didier Bezace, metteur en scène inspiré de ce théâtre de la cruauté.
Au soir de sa carrière, Crocker-Harris, un professeur émérite est renvoyé sans aménité à sa solitude, que trouble un jeune élève plein de sollicitude. Dans un décor unique d’une salle de classe vide, les conventions cèdent progressivement et le mensonge de toute une vie affleure.
Bezace emprunte davantage au cinéma qu’aux canons dramatiques pour nous narrer cette monstrueuse mascarade sociale. L’univers délétère et compassé de l'institution scolaire anglaise m’a d’ailleurs fait penser au troublant Accident de Joseph Losey.
Sorte de huis clos implacable, La Version de Browning avance comme un thriller. A la vacance du décor répondent des dialogues sobres, précis, coupants. Alain Libolt (vu chez Rohmer et Rivette) est tout simplement bouleversant dans son rôle d’homme blessé, drapé dans une douloureuse dignité.
A ne pas manquer.
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 25 février.


11/10/2004 Les lumières de Tokyo




12 millions d'âmes se croisent à Tokyo, mégalopole saturée de lumière, si lumineuse que, vue de l'espace, elle brille autant qu'une étoile.
Ce sur ce préambule que s'ouvre l'éblouissant spectacleThe Elephant vanishes, adaptation du recueil de nouvelles de Haruki Murakami.
Simon Mc Burney, metteur en scène britannique, dirige une troupe japonaise qui joue dans sa langue d'origine. Curieuse expérience que celle du sur-titrage au théâtre, qu'on abandonne parfois pour jouir de la fluidité d'une mise en scène incroyablement inventive.
Ecrans, miroirs démultipliés à l'infini. Qui regarde qui ? Sur les panneaux mobiles bute le regard aveugle. Tokyo paradoxale : ville la plus éclairée du monde mais où personne ne se voit et où la solitude se propage comme une endémie. Le recours à la vidéo exacerbe le point de vue "blanc" des protagonistes. Que reflète l'écran improvisé d'un réfrigérateur ? une société de consommation déboussolée, son ventre béant, évidé de toute spiritualité ? Toujours est -il que ce frigo monolothique reste le seul élément du décor qui ne bouge pas.
Désir de s'affranchir d'une matérialité pesante : un comédien narrateur évolue dans les airs et raconte le jour où, affamé, il a attaqué une boulangerie.
Car un humour délicat édulcore la noirceur des nouvelles de Murakami, où l'absurde a la place belle. Un jour, un éléphant et son gardien s'évaporent littéralement du zoo de Tokyo. Une femme ne dort plus depuis dix sept jours (segment le plus vertigineux du spectacle). Un couple attaque sans raison un Mac Donald's.
Trois récits qui s'entrecroisent, se répondent, étonnent et enchantent tout à la fois.
Spectacle hybride, entre arts plastiques et cinéma (Kyoshi Kurosawa n'est pas très loin), The Elephant vanishes distille une métaphysique légère, une grâce diffuse, un de ces sortilèges qui brille et danse dans la lumière des néons.

The Elephant vanishes, présenté à la Maison de la Culture de Bobigny, jusqu'au 9 octobre dernier. Tournée mondiale.

21/3/2004 Théâtre réalité, suite

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19/3/2004 Théâtre réalité

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