20/3/2004 Soupe populaire

Notorious d'A. Hitchcock
Julie et Christophe du Loft 1
Retour sur le documentaire fort prometteur mais finalement bien décevant diffusé sur Planète cette semaine, intitulé "Candidats", enquête sur les motivations des candidats, prêts à tout pour passer à la télévision.
Construit uniquement autour du recueil de témoignages, le film évacue la parole des spécialistes habituels, au profit des très déterminés participants. Cette béance se trouve aggravée par une absence criante de mise en scène (voire de mises en abîme) et de partis pris.
« Candidat », nouveau statut social ?
Sans ces anonymes, consommés par centaine chaque semaine, pas de divertissements à la télévision : ni talk show, ni jeux télévisés, ni télé réalité. Le destin d'un candidat se scelle au moment du casting, lieu largement investi par le documentaire. Au passage, un malentendu de taille est levé : le candidat sélectionné ne l’est pas sur la base du mérite personnel, mais bien parce qu’il correspond à un « profil » pré établi. Dès lors, le sentiment d’appartenance à une élite est des plus spécieux.
Le dénominateur commun à cette volonté de « surexposition médiatique » semble être le besoin de reconnaissance, le désir narcissique d'être connu, d'échapper à une vie ordinaire. Jusque là, rien de bien neuf.
Mais le témoignage de Christophe, gagnant désabusé du Loft 1, m'a vraiment donné matière à réflexion. Le voici, en deux mots : "je voulais essayer une situation où j'allais peut-être rencontrer une fille comme dans un film. Je suis fan de ciné et je rêvais d'une histoire d'amour comme au cinéma. Et finalement, je m'aperçois que je l’ai trouvé aujourd'hui".
Les candidats mènent une « vie sans histoire ». Manque précisément à leur existence taciturne cette matière romanesque qui va leur être fournie par le dispositif télévisuel. Cette quête fictionnelle se couple avec une attitude néo-romantique. La représentation permet d’introduire un surcroît de romanesque dans une réalité dépourvue de logique narrative, d’enjeux dramatiques qui ne s’exercent que dans la représentation. Les candidats de la télé réalité seraient-ils frappés de bovarysme ? Ici, la fuite dans l’imaginaire, qui résulte d’un sentiment d’incomplétude, ne se cristallise plus au travers de l’objet livre, mais bien dans l’objet télévisuel.
S.



Commentaires
S.
Je lui ai répondu que ce rapprochement était pour moi des plus ironiques, stigmatisant les propos de Christophe. Bien entendu, je ne mets pas sur le même plan le chef d'oeuvre d'Hitchcock et un dispositif mort-né. Le titre du post aurait du aiguiller dans sa lecture cette perspicace connaissance : "soupe populaire", ca veut dire ce que ça veut dire non ? :-)
A bientôt
S.
enfin évidemment, entre Cary Grant/Ingrid Bergman et ces deux tourtereaux télévisuels (qui pour moi sont deux flans absolus : je ne les aimais pas du tout tous les deux...) le choix est vite fait...
mais bon, c'est un peu facile de les comparer...