Dans l’épisode des Soprano, diffusé sur Jimmy ce soir (« On achève bien les Hommes »), Tony Soprano assassine son kapo Ralph Cifaretto (Joe Pantoliano), dont les blagues douteuses avaient déjà pas mal ébranlé la petite communauté mafieuse.
La mort de sa jument Pie-O-My, brûlée vive dans un incendie vraisemblablement commandité par Ralph, déclenche la folie meurtrière de Tony.

Tout l’épisode relate ensuite, de manière glacée et ultra réaliste, comment se débarrasser d’un corps devenu trop encombrant. Assisté de son neveu Christopher, Tony s’emploie méthodiquement à faire disparaître le cadavre. Mais au moment de l’enterrer, la pelle bute obstinément contre le sol gelé. Une pelleteuse providentielle sur un chantier permet aux deux hommes de se sortir de ce mauvais pas. Christopher, sous influence, n’arrive pas à la manœuvrer. Excédé, Tony prend le relais et dirige l’engin avec précision.

Et là, le réalisateur ne filme que ses mains, plan absolument génial et métonymie qui résument admirablement toutes les contradictions du personnage. Avec douceur, doigté, minutie et technicité, Tony contrôle la machine, alors que dans la séquence précédente, ces mêmes mains étranglaient sauvagement Ralph.

Du contrôle au débordement, tout Tony Soprano est contenu dans ses mains : un être fruste et brutal, monstre sanguinaire, furioso capable de tuer avec barbarie mais aussi un homme sensible qui se met à pleurer face à un envol de canards migrateurs. Ce simple plan de détail traduit bien toute l’intelligence de cette série.
S.

Le photogramme ci-dessus illustre bien l'ambivalence de Tony Soprano : il pourrait broyer la tête du canard d'une simple pression, mais ses mains l'entourent dans un geste protecteur.