07/6/2004 Y-a-t-il une mémoire collective ?
Bonjour,
Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à l'adresse suivante :
http://contrechamp-media.com/y-a-t-il-une-memoire-collective/
A bientôt sur Contrechamp Media
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Commentaires
- Paxton est très intéressant, il jette sur l'Europe et la France un regard amoureux mais très lucide,
- Godard dit parfois des trucs dont je le souconne même de ne pas comprendre le sens, (d'ailleurs, il disait "Si quelqu'un comprend
ce que je dis, c'est que je me suis mal exprimé")
Cette histoire de mémoire collective est en effet à discuter. Je ne serais pas aussi catégorique que ton interlocutrice.
Skoteinos, juin 2004 (XXIe siècle).
- un socle de mémoire, commun à chaque génération, apporté essentiellement par l'éducation et les media. Qui fonde la société sur des mythes communs (Vercingétorix, Pasteur et Loana). On est là dans une mémoire propre aux générations, fruits de l'assimilation de l'histoire...
- un socle commun à divers groupes d'appartenance, religions, ethnies, origines sociales... Qui peut tourner une même réalité en un tour très différent.
- et la mémoire personnelle, qui partage avec la mémoire collective des mythes, mais est le fruit de la capacité à mémoriser/intégrer, retenir et valoriser certains faits plutôt que d'autres
Enfin voilà ce que ça m'inspire...
Godard use en effet d'aphorismes...euphorisants !
D'ailleurs, je ne sais plus par qui il s'était fait poursuivre en justice pour avoir piqué une citation, sans en donner les références...
Bref, le vieux sucre les fraises. C'est comme Bergala, il est cuit. Tous deux forment d'ailleurs un couple détonnant. Le paradoxe, c'est que j'admire les écrits de Bergala sur Rossellini et adore certains films de Godard, ceux où il ne joue pas les moralisateurs (autant dire, ça remonte à un bail !).
By the way Skoty, peux-tu clarifier ton propos sur le prurit anal ? Je crois que cette phrase restera, précisément....dans les annales !
Je crois que le devoir de mémoire participe de ce même humanisme auquel tu fais référence et dont tu te méfie à juste titre. Posture partagée par nombre de philosop^hes ou d'intellectuels d'ailleurs.
La mémoire collective ne saurait se fonder uniquement sur l'apprentissage scolaire.
C'est da'illeurs ce que me réfutait cette historienne. Mais elle va bientôt mettre tout ça par écrit (rapidement je l'espère) et les choses seront plus claires pour moi. Ses arguments me laissent encore perplexe.
Oui, je crois que vous étiez bien en phase effectivement ! Je suis entièrement d'accord avec la catégorisation que tu établis Versac.
Eh bien, figure-toi que mon interlocutrice m'objecte que les connaissances acquises à l'école relèvent de l'apprentissage mais ne constituent pas une mémoire, au sens philosophique du terme.
Quant au socle commun à un même groupe social (ou politique), ce qui me gêne, c'est l'idée de "déterminisme".
Je n'ai pas les mêmes convictions politiques que mes parents et depuis toujours. Or, ayant été élevée dans une bonne famille de droite (pour ne pas dire d'extrême droite), je devrais grossir les rangs du borgne facho le 1er mai ?
Mais qui se souvient de Loana ??? Vous êtes la nouvelle idole des jeunes, avec vos joues et vos seins euh...comme des pommes !
D'où ma méfiance : pour approcher un peu de la vérité historique, il faut sortir du récit mythique ( patriotique et édfiant, ou au contraire négatif et culpabilisateur) . Et notamment, en finir avec le manichéisme. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour, d'après les paperasses électorales que j'ai reçues aujourd'hui...
Au sujet de ta réponse à Versac, si je peux intervenir à sa place, il n'a pas parlé de déterminisme. Mais c'est vrai qu'il y a des mythes communs à certains groupes sociaux... Et même ton cas personnel (ta rébellion par rapport à des parents bourgeois & bien à droite) ne me paraît pas exceptionnel : c'est un cas de figure assez fréquent, ceci dit sans vouloir te déprécier...
Je serais bien en peine de répondre à la place de cette personne, d'autant plus qu'il est difficile de rapporter des propos auxquels on ne souscrit pas. Je lui ai demandé des précisions et ne manquerai pas de faire un billet, une fois ses réponses connues.
Versac n'a pas parlé de déterminisme social, c'est exact.
C'est moi qui l'évoquais comme d'une dérivation possible. Mon historienne avait tendance à affirmer que parce que tel individu naissait, grandissait et évoluait dans un environnement donné, il était voué à adhérer à un ensemble de principes moraux, politiques et religieux. Je réfute cette idée en bloc car pour moi, on parle ici davantage de conscience collective et non pas tout à fait de mémoire.
Je me saisis de mon Vocabulaire de la Philosophie et des Sciences Humaines et ne trouve pas trace de la notion de "mémoire collective". Il est bien question de "conscience collective" ou de "représentations collectives" mais rien qui a trait à la mémoire. Ceci étaye bien l'idée que cette notion est très récente.
Sinon, tout à fait d'accord avec cette idée de mythes fondateurs, auxquels on peut y adjoindre les notions de sacré et de sacrilège, de bien et de mal etc...
Enfin, petite précision biographique : je suis issue d'un milieu ouvrier ! Nulle rébellion ici, mais plutôt un constat désabusé. :-)
Ca m'a bien fait rire ce cliché, ne m'en veux pas !
D'ailleurs, je pense que les stéréotypes participent bien, eux, de la définition d'une "mémoire collective".
Je me demande si ces notions de "mémoire collective" et autres, effectivment récentes, ne sont pas dérivées de l'"inconscient collectif" de Carl Jung ?
Mémoir ene signifie pas dépendance. Et ne signifie pas non plus vérité historique, mais une "représentation collective" d'un fait historique.
La mémoire que j'ai reçue de la libération de 1944-45, par exemple, est le fruit d'expériences personnelles, familiales, propres à mon milieu, mais aussi de représentations nationales, génériques (quelques images, quelques vérités ou non, des sentiments sur ce qui s'est passé).
Si je remonte plus loin, mon origine bourgeoise (et oui, aussi) m'a fait connître, et m'intéresser à la révolution industrielle sous l'angle du maitre de forges (soit développement économique, compétitions internationales, innovation...). Celui qui vient d'une famille ouvrière aura forcément reçu un prisme plus teinté de misère sociale...
Ce qui n'empêche personne de s'en détacher (et c'est là que la mémoire "nationale" joue un rôle).
Quand à la vérité historique, c'est encore un long débat, mais j'ai du mal à croire qu'elle soit compatible avec l'idée d'une mémoire collective (cf. Jeanne d'Arc)
Je pense qu'il en est de la "mémire collective" comme de la mémoire individuelle : on la reconstruit, et par là même on l'assimile au prix d'un éloignement de la vérité. Et de même qu'on prend parfois pour un souvenir réel ce qui est en fait un fantasme intériorisé (phénomène bien connu des psys), de même une collectivité, une nation, etc. brode sa légende à partir d'un passé qu'elle reconstruit (excellent exemple de Jeanne d'Arc, tour à tour figure héroïque du peuple pour les communistes et idole patriotique pour la droite, et pourquoi pas icône féministe ?)