08/3/2005 Vampire
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Commentaires
Je pense que par rapport à cette photographie, le film ne peut qu'échouer puisque c'est un film.
Aurait-il fallu comander un plan séquence fixe de 90 minutes au fantôme de Warhol ?
Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en relation deux supports différents quand la problématique à l'oeuvre est la même : comment Mitterrand, de son vivant, a travaillé à sa propre mythologie ?
Ca ne me parait pas incongru du tout. Quand au plan séquence fixe de 90 minutes qu'il aurait fallu commander à Wahrol, je n'en pense rien. Va voir le film de Guédiguian et dis moi si cette histoire de mise en scène posthume te paraît si déplacée. Guédiguian semble pétrifié par le spectre du Président.
Sinon, j'adore Danièle Mitterrand au premier plan qui passe devant son époux comme devant une vitrine de musée ! C'est très réussi ! Le Querrec signe aussi les livrets de photo de jazzmen que j'adore : Romano, Sclavis et Texier.
Et si tu tiens tant que ça à Wahrol, sache que cette semaine à la MEP démarre une expo qui lui est consacrée : ses polaroid d'amis célèbres ou les "livres rouges". Moi, j'y serai. Et toi ?
C'est certain, j'y reviendrais, je m'y plongerai sans doute jusqu'à l'engloutissement...
Merci
dick laurent is dead.
Je ne pense pas que l’on puisse analyser la mise en scène du « Promeneur du champ de Mars » comme étant une mise en scène posthume de Mitterrand lui-même. Et ce n’est pas ce que je ressens en voyant le film.
Je ne vois pas ce qui permettrait d’affirmer que Guédiguian aurait été subjugué et « débordé » par son sujet à ce point-là, au point d’être dépossédé de sa mise en scène et donc de son film.
Le point important est que Mitterrand n’est pas le sujet du film. Guédiguian décrit son sujet comme une allégorie c’est-à-dire que le véritable sujet du Promeneur, c’est l’homme par qui le 10 mai 81 la gauche a enfin accédé au pouvoir en France (il se trouve que c’est tombé sur Mitterrand … [si on peut dire çà comme çà]) et ce qu’il a représenté/incarné à ce moment-là (y compris pour ceux qui ne se faisaient pas trop d’illusions). (à noter : je n’ai pas écrit « l’homme grâce à qui … » mais « l’homme par qui … » c’est-à-dire que je le considère ici comme un simple vecteur comme le fait Guédiguian). Et le fait que le film se situe bien plus tard, dans les dernières semaines de pouvoir, ne change rien à cela car le film se place dans une perspective historique même s’il se déroule dans un laps de temps relativement court.
C’est dit dans le film : le personnage dit qu’ « après (lui) la gauche ne sera plus une pestiférée ». [Et cela n’est pas si dérisoire que cela. Il fût un temps pas si lointain où l’un des arguments électoraux majeurs à droite était de dire que la gauche était bien incapable de gouverner (et sa place ne pouvait être ailleurs que dans l’opposition).]
C’est pour cela que c’est plutôt le Mitterrand de gauche (dans le discours du moins) qui nous est présenté (discours de Liévin …etc) et que le film est plutôt bienveillant.
Sandrine, tu nous dis que la parole du mort écrit le film : en fait nous ne savons pas si c’est la parole du mort qui parle et écrirait donc le film. C’est plutôt la parole que lui font tenir les scénaristes et plus particulièrement GM Benhamou (on peut le supposer) puisqu’ils sont partis de son livre et de la fréquentation qu’il a eue de Mitterrand à la fin de sa vie.
Je ne sais pas si ce film est une hagiographie mais dans ce cas elle me semble bien inefficace : on ressort exactement avec la même opinion de Mitterrand (l’homme politique) qu’on avait en entrant.
Finalement attribuer à F. Mitterrand la paternité de la mise en scène du Promeneur n’est ce pas lui accorder une puissance surhumaine puisque venant de l’au-delà ? une puissance que le film justement ne lui attribue pas : quand on nous le montre incapable de sortir tout seul de sa baignoire, Guédiguian nous montre une personne âgée et malade comme toutes les autres, une personne qui devient dépendante.
Ce qui m’a frappé dans le personnage, plutôt qu’une « puissance surhumaine », c’est son humanité (parti-pris découlant de la mise en scène) : avec ses qualités (culture, charisme …) mais aussi les aspects moins flatteurs (filature de Moreau à Vichy par ex, un côté tyran ...).
1) Guédiguian me paraît lui-même sous le charme (au sens magique du terme) de Mitterrand car son propos n'a rien de critique à l'endroit de l'ancien président. Les zones d'ombres sont sérieusement édulcorées (Vichy). Lui, le communiste semble même oublier ses convictions politiques, légitimant le recul du PC face au socialisme. A croire que ce parti ne pouvait rivaliser face au PS, représenté par une figure aussi charismatique que celle de Mitterrand.
2) En quoi le film est une allégorie si tu dis que son vrai sujet, c'est l'homme ? Tu veux dire par là que Mitterrand représente une certaine idée de la gauche ? Une idée (voire, une idéologie) qui s'est perdue ? Guédiguian le représente comme un monarque sur le déclin, humain trop humain. Ce qui, à mon sens, concourt à sa mythologie. Je pense là au Caligula de Camus...
3) Bien sûr, il s'agit de la parole reccueillie par Benamou qui écrit le film. Donc par ricochets, celle de Miterrand qui donne au film son ordonnancement secret, du voyage du journaliste à sa rencontre avec la bibliothécaire, "une fille du nord", figure archétypale désignée par le président lui-même. D'où la "puissance surhumaine" effectivement que je lui accorde. Même si ce dernier est présenté comme un roi sans piédestal, démuni dans la maladie. Le fait est que son existence terrestre n'a déjà plus d'importance : il appartient déjà au mythe.
1. Oui, je pense que RG a effectivement de la sympathie pour celui qui a conduit la gauche à la victoire. Mais cette sympathie ou ce « charme » qu’exerce le Président sur lui n’est pas exempt de toute ambiguïté. RG est sans doute dans les mêmes dispositions et sentiments que de nombreuses autres personnes le sont ou l’ont été. On peut exprimer cette contradiction par exemple ainsi : au soir du 10 mai nous savions bien qui était Mitterrand c’est-à-dire (résumé brutal mais pas faux) un mec qui a choisi la gauche parce qu’à gauche il avait un boulevard alors qu’à droite la voie était encombrée. N’empêche que nous étions heureux de son élection et que cette élection c’était la victoire de la gauche. Et c’est ce dernier point que le film souhaite retenir.
Sur Vichy, je dirai plutôt que le film nous laisse décider par nous-même de l’importance que nous y accordons. Cela n’est pas minimisé vu l’opiniâtreté de Moreau à recouper les dates. Mais effectivement cela reste dans une zone indécidable. RG nous donne, à mon avis, sa position par la bouche de Picard. De même que Picard voudrait que Moreau laisse le Président s’arranger avec sa mémoire (« chose intime » dit-elle), RG choisit de le laisser en paix c’est-à-dire qu’il laisse le personnage s’arranger avec sa conscience (chose tout aussi intime).
(concernant le PC il me semble qu’on sait que M. s’était fixé pour objectif de le « laminer » mais cela mériterait d’être vérifié et étayé ; dans le film j’ai surtout retenu la position de l’épouse de Moreau qui dit « qu’ils se sont bien fait avoir »; les beaux-parents ont l’air politiquement groggy/assomés mais le PC ne l’est-il pas ?)
En fait ce qui nous gêne c’est que la gauche ait été représentée par un homme pas si « aimable » que cela, un ex-homme-de-droite. Je me demande si cette gêne n’est pas traitée dans le film à travers un point sur lequel le film insiste me semble-t-il : c’est le chemin parcouru de droite à gauche. Il me semble que ce parcours est évoquée par Picard. De son côté le Président demande à Moreau avec force « mais pourquoi ils me haïssent autant, vous le savez-vous ? » puis vers la fin il donne l’explication « la droite (le) hait parce qu’il les a trahis ». Et symétriquement, il aurait pu ajouter « la gauche me hait parce que je viens de droite ».
2. Oui, le personnage représente la victoire de la gauche en fait; la personne réelle devient alors secondaire. De ce point de vue d’ailleurs on peut dire (je me le demande plus précisément) que RG n’abandonne pas du tout ses idées communistes en ce sens où, en transformant Mitterrand en une sorte de « Président prototype » ou générique qui n’est jamais nommé autrement que par sa fonction, il est fidèle à une conception marxiste de l’histoire selon laquelle l’histoire n’est pas faite par des individus mais par des « mouvements » (lutte des classes, masses).
3. Sur la parole recueillie, je voulais dire qu’elle n’est pas forcement rapportée de façon très fidèle ou dans toutes ses nuances. Néanmoins je pense que tu as raison. Si on s’en tient au film uniquement, il est vrai que la parole du Président transforme et influence le film. Antoine rencontrera Judith qui est du nord et qui est brune (se méfier des blondes dit-il), épisode sur la couleur de la France …
Bon week-end !