17/3/2005 Rest in pisse

Andres Serrano, photographe américain controversé, expose en ce moment à la Galerie Yvon Lambert. 50 portraits pour 50 Etats d'Amérique. Un regain de patriotisme étonnant de la part d'un artiste sulfureux qui s'est attiré les foudres des fondamentalistes religieux et de la Droite conservatrice après avoir signé une oeuvre fulgurante de beauté, le désormais célèbre Christ Piss.
Le crucifix est plongé dans l'urine de l'artiste. La lumière surréelle confère à l'ensemble un caractère sacré.
Oeuvre blasphématoire ? Pas si simple. Serrano, en désacralisant le Divin, paradoxalement le réactualise, posture commune de l'homme prétendument areligieux.
"L'homme profane, qu'il le veuille ou non, conserve encore les traces du comportement de l'homme religieux, mais expurgées des significations religieuses. Il se constitue par une série de négations et de refus, mais il continue à être hanté par les réalités qu'il a abjurées" (Mircea Eliade, Le Sacré et le Profane), affirmation, selon moi, qui apporte un éclairage décisif sur l'oeuvre de Serrano.
Spéciale dédicace à Damien...



Commentaires
A aller voir !!
Bien sûr, le sacrilège est encore une manière de reconnaître au sacré quelque force (c'est le paradoxe du Dom Juan de Molière par exemple, trop préoccupé de faire affront au Ciel pour n'y pas croire).
Mais le Christ a ceci de particulier qu'il est déjà au premier degré bafoué, ridiculisé (c'est par dérision cruelle qu'on l'appelle "roi des juifs", qu'on lui fait porter la couronne d'épines...) Je ne sais pas quelle était en l'occurrence l'intention réelle de l'artiste, mais plonger dans la pisse une statuette du crucifié est un acte ambigu : soit l'artiste se place délibérément du côté des bourreaux (c'est à dire de ceux qui refusent de reconnaître sa divinité), soit il veut restituer la violence originelle de l'épisode, fidèle en cela à la tradition de l'art chrétien. Et puisque l'oeuvre qui en résulte ne me paraît pas manquer pas d'une certaine splendeur, j'y vois plus de célébration que de blasphème. Les voies de la beauté sont impénétrables !
Je m'interroge moi aussi sur l'acte créatif, pour le moins paradoxal. Démarche initialement blasphématoire et au final, une célébration fulgurante du Divin.
Je parcours pour la énième fois le livre de Eliade et trouve une réponse partielle : l'homme areligieux mène une existence qui n'est, pour autant, pas dépourvue de transcendance. Les modalités sont juste différentes : opérations magiques, mais encore, phénomènes physiologiques. Le corps, réputé impur, est sublimé. Du prosaïque -la pisse- on passe à une forme de sacralisation : le crucifix qui irradie. Détournement/sublimation, la frontière est poreuse.
Olivier (bienvenue !) doit connaître la photo du prêtre baillonné - History of Sex Martyr- qui se situe dans cette veine. Sans compter les madones, iconographie religieuse mêlée à de la pornographie. J'aime beaucoup car, vous n'êtes pas sans savoir, chers fidèles lecteurs, que la corporéité me passionne en ce qu'elle exprime, pour moi, une transcendance certaine.
C'est pourquoi, je suis d'accord avec JS sur la pub Girbaud que je trouve très aseptisée pour le coup. Je ne comprends pas qu'on en ai fait si grand cas !
Cette oeuvre ne me semble ni choquante ni plaisante. Elle m'ennuie. Je préfère de loin la sculpture hyper-réaliste du Pape se faisant sodomiser par une météorite. Le message des réalités culbutant l'église (pour toutes les fois où son obscurantisme a culbuté les sciences) me touche plus qu'un bout de bois plongé dans de l'urine.
Mais ce n'est que le point de vue d'une personne qui trouve que ce qui est vraiment choquant c'est d'envoyer des millions d'Africains à la mort parce que le plaisir "c'est maaaal".
Chacun voit midi à sa porte...
merci