Andy Warhol, Selfportrait (1964) et le réalisateur Gus Van Sant.

A l’initial, on est frappé par la troublante ressemblance émanant de ces deux portraits : la lourde mèche de cheveux barre la partie supérieure du visage, le regard profond vous transperce, surligne la mise décontractée et juvénile. Des réminiscences adolescentes impriment à ces corps leur atemporalité, tout en les inscrivant, profondément dans le contemporain.
Mais quand on va au-delà de ce curieux mimétisme, observé à la faveur de la représentation, et que l’on rapproche les biographies respectives, les points de concordance abondent.
Warhol et Van Sant ont reçu tous deux une formation artistique (peinture), avant de faire leurs premières armes dans la publicité (avec l’importance que l’on connaît pour Drella).
Les deux hommes partagent aussi la même croyance dans le pouvoir des images : leur goût pour l’expérimentation est prononcé. Dans le champ du cinéma expérimental, leur parcours croise celui de Stan Brakhage et de Jonas Mekas, des amis communs.
Le penchant pour les masses, essence du Pop Art, entérine la communauté d’esprit. De l’Amérique populaire à l’Amérique marginale, voilà la translation opérée.
Ajoutons le rôle important de ces deux personnalités, sur le plan de la scène underground américaine. Pygmalions de génie, ces deux artistes ont découvert et promu, l’un les « stars » de la Factory, l’autre de jeunes pousses talentueuses (John Robinson, Michael Pitt). Dans les deux cas de figure, des comètes à la beauté fulgurante et à la destinée tragique (Edie Sedgwick, River Phoenix).
Impossible encore de ne pas voir de correspondances entre le bel endormi de Sleep et le héros narcoleptique de My Own Private Idaho.
"Je ne saurais pas vous dire ce que c'est que le Pop Art, c'est trop compliqué. Ça consiste à prendre ce qui est dehors et à le mettre dedans, ou à prendre le dedans et à le mettre dehors, à introduire les objets ordinaires chez les gens" confiait Warhol.
Réversibilité d’un mouvement que l’on retrouve encore dans la filmographie de Van Sant, mieux, qui en constitue son cœur secret.
Dans Last Days, Van Sant interroge le mythe : être célèbre, c’est déjà être un peu mort. Et si tout un chacun a droit, selon la fameuse formule warholienne, à « son quart d’heure de célébrité », ce moment là est intrinsèquement lié à la morbidité.