15/11/2004 Un certain climat de la presse de cinéma

Que Luc Besson perde son procès contre Libération, sur la question du racisme dans Fanfan La Tulipe, redonne un peu de baume au coeur dans une période nauséabonde pour la presse de cinéma.
A peine a-t-on repris espoir qu'on apprend, peu après, que ces mêmes journalistes se sont vus privés de projection. Relégués en 2046, pour avoir osé commettre un crime de lèse majesté : ne pas s'être inclinés, au dernier festival de Cannes, devant un immense coup marketing.
Il n'y a pas donc pas que les producteurs pour jouer aux ayatollahs ?
Les attachés de presse pratiquent la censure scandaleuse, dignes de temps qu'on voudrait révolus où l'on muselait les médias.
Et voilà que Télérama à son tour bande les yeux de son Ulysse, privé d'Un Long Dimanche de Fiançailles.
Cette presse que l'on voudrait rendre aveugle dénonce, au sein d'une industrie dévorante, la tentative de formatage du regard.
Et cette entrée en résistance s'avère non seulement nécessaire, mais plus encore, salutaire



Commentaires
ps : ton intellectuel russe, il s'apellerait pas Guy Debord?
Damien, tu exagères beaucoup...
Moland, tu es sure que ça s'ecrit comme ça?
Cela dit, je suis d'accord avec Jean-Sébastien : la Censure me paraît plus forte en France. Pas de "Fahrenheit 911" français sur nos écrans, et pourtant le film existe : il s'appelle "Le vrai procès de Jacques Chirac". Dans un autre genre, souvenez-vous de "Pas vu, pas pris" de Pierre Carles, interdit de télé et pourtant pas si méchant...
Nijinski ?
Kapriski ?
Chaussetéski ?
JS m'a précédée. C'est effectivement bien sur la capacité de réaction que je souhaitais mettre l'accent, davantage que sur le phénomène de censure dont je n'ai pas la "naïveté" de penser qu'elle ne se pratique pas couramment. Aujourd'hui, les médias réagissent sans pour autant représenter, et c'est très juste, Damien et JS, ce contre-pouvoir qu'on attendrait. Que des domaines artistiques fassent les frais d'une telle chasse aux sorcières m'alarme et encourage à la vigilance. Ce n'est pas la dernière "merde" de Luc Besson qu'on juge ici cher Tlön, mais bien la liberté qu'il m'est donnée de la voir.
Dès lors que cette liberté est entravée, il y a un problème sérieux.
Sinon, je propose Popov....
Ce que je veux simplemet dire, c'est qu il faut savoir raison gardé, et ne pas parler de censure la ou il n'y en a pas.
Par ailleurs, Damien : parles-tu vraiment de censure ? Il y a en France une certaine collusion presse/politique, et des relations particulières, qui font que peu de scandales sérieux ne sortent, peu de docus engagés sur la politique français, par exemple. C'est pour moi un manque de tradition du journalisme d'investigation sérieux, plus que de la censure. On préfère faire et passer "le monde selon bush" que "le fils japonais de Chirac". N'est-ce pas lié à la puissance de l'audiovisuel public, aussi ?
Quand à Pierre Carles et son pas vu pas pris, vu au cinéma, je comprends très bien qu'il n'ait pas été diffusé à la télé (thèse unique scandée, ton volontiers moqueur... C'est un choix, pas une "interdiction de télé"). Je n'aime pas tellement ce discours de l"interdit de télé", comme si tous les docus critiques y avaient leur place. Certes, il est important de conserver, au moins dans le servie public, une analyse critique du métier de la télé, et je trouver&ais utile une émission hebdo de ce type, mais pas pour autant la diffusion, pour le principe de docus univoques...
Je rappelle en passant que "Les sentiers de la gloire" n'est sorti en France qu'en 1975, alors qu'il date de 1957 et évoque des faits se passant en 1917...
J'attends que "Le vrai procès de Jacques Chirac" soit visible sur nos écrans. En 2024 peut-être, quand ça sera devenu un document "historique" ?
Il y a aussi des exemples de livres : pour qu'on ne m'accuse pas de taper toujours sur le même président, je rappelle le cas du pamphlet (paraît-il assez mal foutu, mais là n'est pas la question) de Jean-Edern Hallier : "L'honneur perdu de François Mitterrand", ou encore "Le Grand Secret" du docteur Gubler (d'accord la Censure ici a échoué car le secret a été éventé et on le trouve sur Internet. Mais le livre, pourtant paru après la mort du défunt pharaon, n'en est pas moins interdit)....
http://www.liberation.fr/page.php?Article=253197&AG
D'autre part dans les deux exemples cités, pour l'un il s'agissait d'une atteinte à la vie privée (doublée d'ailleurs d'une tentative de chantage) et pour l'autre de divulgation de secret medical. Il est possible de trouver ces contraintes non légitimes (et tu peux estimer qu'il faille les supprimer) mais la encore il ne faut pas parler de censure stricto censu...
de toute façon il y a un manque évident de courage de la part des journalistes en France (ou de leurs patrons)...
c'est d'ailleurs la même chose pour la critique de cinéma qui la pratique aussi cette auto-censure (en n'éreintant pas un film qu'on déteste par exemple, en faisant écrire le seul critique d'une rédaction qui aime le film, etc.)
je me souviens d'une phrase de JP Manchette qui disait qu'entre la littérature et l'amitié, il choisissait la littérature : sous-entendu qu'être amis avec un écrivain ne le dispensait pas de dire du mal de son livre...c'est un peu hard mais très courageux de sa part...
Encore une fois, le secret n'a été divulgué qu'après sa mort. Sur Edern-Hallier, je ne sais pas...
Par ailleurs je trouve étonnant qu'on trouve encore les meilleures excuses pour justifier toutes sortes de pratiques comme la désinformation ou l'omerta : on ne redoute plus de "désespérer Billancourt", mais attention à ne pas "faire le jeu des extrêmes" et comme disait Charles Pasqua : "La liberté s'arrête là où commence la raison d'état."
Sinon, évidemment : « no pasaran, non au fascisme » etc.
Ce qui m'énerve, c'est ce coté "interdit de télévision". Comme s'il y avait un "droit à la télévision". Combien de docus diffusés à la télé ? Et pourquoi celui de Carles plutôt qu'un autre, donc ? Il avait des qualités, mais aussi de sombres défauts. Et puis sa hargne peut susciter un certain rejet, non ? heureusement, Moore sera diffusé à coup sur, lui, puisqu'il parle des US.
JS : on peut appeler ça de l'auto-censure en général, je suis assez d'accord. Mais c'est plus un esprit et un manque de professionalisme / d'éthique du métier qu'une censure (qui implique un acte de tiers). Je suis beaucoup plus admiratif de l'éthique des media US qui sont capables de sortir des coups, mais aussi de virer un journaliste qui fait une faute.
Simplement pour rappeler les mots de Fritz Lang à son retour en Allemagne des Etats-Unis, en 1958: "Les USA, c'est une dictature élue."