09/1/2005 Otage des images
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Commentaires
Mais, mais, vous faites éclater les catégores, mademoiselle !
:-)
Mais, mais, vous faites éclater les catégores, mademoiselle !
J'ai plutôt l'impression que cet catastrophe nous apparaît comme purement conjoncturelle, ne dépendant pas de la volonté des hommes; alors que l'Afrique par ex serait de nature structurelle et liée donc à la volonté humaine et à sa nature. D'un coté cela ne dépend pas de moi, je peux essayer de faire quelque chose. De l'autre cela est moi, je n'y peux rien.
Phlippe[s],
Bien vu, en effet. Ce qui n'est pas médiatisé n'existe pas en somme, n'a aucune réalité tangible.
Damien,
Intéressante ton idée. Tu situes la pureté et l'impureté sur un autre terrain :l'éthique. Les victimes seraient souillées par la caméra, en somme.
Malheureusement, je ne crois que les médias raisonnent à l'inverse : montrer ces victimes les sanctifie d'une certaine manière. Il s'agit d'imprègner les consciences. Je parlerais presque d'un "inconscient des images".
Tlön,
Oui, je crois que ça se joue bien là, entre "civilisation" et "barbarie", pour aller très vite...
je me demande aussi si ce tsunami n'évoque pas plus en nous des images d'apocalypse (davantage que n'importe quel tremblement de terre) : la mer qui recouvre tout et balaye tout sur son passage...
Pour ma part, cette catastrophe m’a surtout évoqué la théorie de l’accident de Paul Virilio. Virilio explique qu’à tout « progrès » (a priori technique mais aussi dans un sens plus large) correspond un nouveau type d’accident (train/déraillement, avion/crash, etc…). Dans le cas de ce tsunami, ce serait (pour partie bien sûr) l’accident du tourisme de masse. Cela me semble corroboré, au moins en partie, par les chiffres des victimes. En effet concernant la Thaïlande par exemple, j’ai entendu que la moitié des victimes étaient des touristes et on peut imaginer que l’autre moitié comporte un pourcentage important de personnes travaillant au « service » de ces touristes.
Je ne dis pas que toutes les victimes soient liées à l’industrie du tourisme (clients ou main d’oeuvre). C’est probablement à nuancer d’un pays/région à l’autre et nombre de villages de pêcheurs ont aussi été détruits par le raz-de-marée. Mais je dis que l’une des facettes de cette catastrophe c’est d’être aussi l’accident du tourisme de masse.
PS : ces considérations ne changent rien à la distinction faite par Sandrine sur les deux régimes d’images (télévisées) selon que « la catastrophe » est provoquée par l’homme ou pas, puisque « tout le monde » s’est empressé d’insister sur le caractère de phénomène naturel de ce raz-de-marée.
et ouis, touristes, pas touristes, voilà quand même une catastrophe qui touche un grand nombre de nationalités, ce qui n'est pas si courant...
Quant aux touristes, pas le temps de développer mon argumentaire, mais nier leur rôle dans l'élan de solidarité relève à mon avis de la mauvaise foi, avec les nuances d'usage bien sûr, puisque rien n'est simple. C'est comme ces gros porcs suitants qui se prélassent sur une plage de Phuket avec derrière eux une pelleteuse qui s'affaire, et qui prétendent, devant la caméra, que leur présence sert à aider le pays à relancer son économie. Sans nier le fait que relancer le tourisme s'avère nécessaire pour des pays qui y voient leur principale source de revenus, je trouve que ce genre de déclarations pue la mauvaise foi et l'hypocrisie. Gerbant. Qu'ils aillent aider à identifier les corps ou à déblayer plutôt que de bronzer leur graisse en attendant le coucher du soleil pour aller se faufiller dans le cul d'une gamine...
Rousseau - Lettre sur la Povidence - 1756
Lilith, tes arguments rejoignent ceux de Rousseau.
Et voilà ce que dit l'auteur du poème sur le Désastre de Lisbonne. Il avoue donc avec toute la terre qu'il y a du mal sur la terre, ainsi que du bien; il avoue qu'aucun philosophe n'a pu jamais expliquer l'origine du mal moral et du mal physique(...)il avoue qu'il y a autant de faiblesse dans les lumières de l'homme que de misères dans sa vie.
Voltaire (en introduction au poème sur le désastre de Lisbonne - 1756).
Pour ma part, je serais plus proche de Voltaire
Oh comme il nous est difficile d'admettre, pour parler comme Clément Rosset, l'idiotie du réel!
On peut dire que oui, cet accident est aussi, en partie, minime, celui du tourisme de masse. On peut dire que c'est ça qui nous a fait prendre conscience de son impact en Europe. Mais pas dire les choses comme vous le faites...
Non, le chiffre énorme est surtout le fait de la croissance de la population. Il parait quasi sûr qu'il y a cinquante ans, le même fléau aurait tué peut-être moins de la moitié de personnes. Et, évidemment, cette croissance de la population est en effet le fruit du développement.
Je ne crois pas que la théorie de Vitilio, qui est intéressante (très beau son livre ville panique) s'applique ici. Le risque naturel est en soi existant. Dire que les risques augmentent ou sont nouveaux à cause de nos actions ne s'applique pas ici. Le risque est le même, seule augmente la taille de ses effets, sous le coup de la seule croissance de la population humaine.
après, c'est le débat que pose il me semble Tlön : doit-on reprocher aux hommes de transformer la nature? Maybe, maybe not
1. Je ne pensais pas avoir été aussi réductrice que ce que vous me faites dire. Désolée si je me suis mal fait comprendre.
2. En émettant l’idée d’un « accident du tourisme de masse », j’ai précisé que cela désignait aussi bien les victimes-touristes que les victimes-employés-de-l’industrie-du-tourisme (donc les populations locales) à leur service (prostitution incluse). Votre argumentation portant sur les chiffres (nb de morts), je vous accorde que je ne sais pas comment cela influe sur les chiffres; néanmoins, je voudrais re-préciser (question de fond, pas de chiffres) que j’inclus dans l’industrie du tourisme les gens qui travaillent pour cette industrie, dans les hôtels, les restaus, les bars, les saunas etc… et pas seulement les clients.
L’expression « accident du tourisme de masse » que j’ai utilisée est plus large que la seule addition des morts. Elle implique aussi de prendre en compte les modifications (dégâts ?) engendrées par le tourisme en termes de transformation des sociétés, des paysages, d’écologie, d’économie … Je ne l’ai pas précisé car cela ne m’a pas paru indispensable et pour ne pas me lancer dans des questions où je ne suis pas compétente.
3. J’ai aussi précisé que cela me semblait être en partie (donc pas en totalité) « l’accident du tourisme de masse ». Phrase que vous reprenez finalement à votre compte ; alors pourquoi s’énerver ?
Vous me dites que cet aspect est très minime en nombre de victimes sur l’ensemble des pays concernés. Comme expliqué au point 1 je ne suis pas capable de chiffrer cette quantité « minime » puisque cela dépasse la seule comptabilité des morts. Ceci dit, je ne vois pas en quoi un fragment du réel, fût-il « minime », ne compterait pas et ne mériterait pas d’être considéré. En revanche je suis d’accord que cela n’est pas pertinent si on cherche une « explication d’ensemble » (car je suppose qu’il est permis de chercher à expliquer) mais ce n’était pas mon propos.
4. J’ai conscience que ma « démonstration » vaut surtout pour la Thaïlande. Mais même si ma démonstration ne concernait que la Thaïlande, je ne vois pas en quoi cela la rend caduque ou fausse du fait de cette seule raison ; cela la rend partielle et spécifique à la Thaïlande mais pas forcément fausse.
5. Pour ce qui est de l'aspect(spatio-)démographique, je n’aurais rien pu dire de plus que ce que chacun sait ou a lu. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas choisi d’en parler (tout en sachant comme vous le soulignez que c’est un facteur déterminant dans le nombre total de morts) et pour laquelle j’ai utilisé le mot facette. Ce qui signifie qu’il y a aussi beaucoup d’autres facettes que celle sur laquelle je me suis focalisée.
Mon ami Tlön, trop de citation nuit à la qualité du tlönisme.
Concernant le tlönisme (et aussi les autres mots en isme au-dessus) je ne suis pas experte et ne me prononce pas ...
Je vois aussi qu'on s'achemine doucement vers l'idée de "responsabilité". J'ai déjà fait part de mon point de vue là-dessus, reprenant à mon compte ce que dit Blanchot : quand un homme meurt, y compris à l'autre bout du monde, je suis responsable. Ceci pourrait expliquer l'origine de l'élan humanitaire mondial, tout simplement ?
Sinon, internet à la maison lundi, en principe. Ca me permettra d'être plus réactive.
je dis sa ac bcp de coeur!