18/6/2004 Chiwawa murder party

Gozu de Takashi Miike
Mais à quoi carbure le prolifique Takashi Miike pour réaliser des films aussi cinglés ? Au lait maternel premier âge ? Certes, l’effusion lactique, récurrente dans son cinéma (Visitor Q), semble l’obséder au plus haut point. Mais cela n’explique pas tout !
Qu’on en juge : un yakuza au bout du rouleau se met à exterminer les chiwawas, convaincu que les pauvres bêtes ont fomenté la destruction de ses congénères. Ses accès paranoïaques se multipliant, il devient une menace pour son Organisation. Son boss ordonne son exécution et charge l’ami le plus fidèle du malfrat du sale boulot. Commence alors un étrange voyage, hors de la ville.
Freud lui-même aurait renoncé à décrypter ce salmigondis narratif, mâtiné d’Œdipe mal réglé, d’homosexualité refoulée, de dégoût pour la femme et notamment pour la parturiente. Car la très grande scène du film reste bien celle où le yakuza, qui s’est transformé, par quelque nébuleuse opération du Saint Esprit, en superbe femme, accouche de lui-même, sous les yeux horrifiés de son ami, fraîchement dépucelé par la créature ! Lars Von Trier peut aller se rhabiller. Ce climax horrifique dépasse de loin l’accouchement, pourtant ô combien traumatisant, de The Kingdom.
De quoi faire tourner de l’œil les âmes les plus sensibles, si le rire, contagieux, ne l’emportait pas face à tant d’horreurs. Miike a sous-titré son long métrage « yakuzas horror theater». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous trompe pas sur la marchandise !
S’il appartient indéniablement au cinéma « bis », Gozu ne ressemble pourtant en rien à un bricolage « arty ». Visuellement élaboré, le film nous entraîne aux confins du fantastique et de l’horreur. Hors de la ville, les fantômes investissent la fiction, les pulsions se déchaînent jusqu’au paroxysme. Ainsi, la relation homosexuée, unissant les deux protagonistes, engendre une belle tueuse qui n’aura de cesse de se venger. La mort du libidineux Parrain, spécialiste en détournement d’accessoires de cuisine à des fins peu avouables, constitue assurément un autre grand moment du film !
Comment réagir face à une fiction aussi délirante ? Accepter de se laisser happé par le flot ininterrompu de scènes scabreuses ? en apprécier le caractère tout à la fois sulfureux et potache ? Enfin, s’interroger. Qu’est-ce donc, au final, que Gozu ? Une magnifique histoire d’amour trash, un ovni échappé de l’imagination malade d’un cinéaste résolument culte. Et assurément, l’un des films les plus barrés de cette décennie !
Sandrine Marques
Article paru sur plume-noire.com



Commentaires
Je trouve que c'est un cinéma de pur défoulement sous lequel affleure tout de même une critique sociétale.
J'aggraverais mon cas en disant que je voue un certain amour à ces films impurs. Je trouve cette oeuvre transgressive complètement dingue !
J'aime aussi le Kitano de la première période : Getting any, avec son humour très en dessous de la ceinture ! Je ne suis pas contre le mauvais goût, surtout lorsqu'il est mâtiné d'un fonds critique.
PS: j'ai encore dans mon escarcelle bien d'autres films honteux et proprement indéfendables.
Désolée...
Izo
C'est pas le tout, il faut que j'aille bosser....
Je suis un peu desabuse sur le retard delirant qui sevit ici mais il faut du temps. Au Japon tout arrive mais il faut souvent 15 fois plus de temps.
Encore une fois, merci les States qui ont fait un travail remarquable pendant l`Occupation...
Tiens, Getting Any, je ne l`ai jamais vu. Moi j`en suis encore a Romero pour la denonciation du consumerisme.
Izo
La soumission de la femme asiatique est connue certes, mais de plus en plus de cinéastes la montre du doigt. Cf le coréen HongsanSoo.
Pour en revenir a la soumission de la femme asiatique, je pense que le monde du cinema s`y interesse mais le Japon fonctionne un peu comme un systeme ferme et soude. L`individualite qui denonce n`ebranle pas le groupe. C`est un veritable probleme et je crains que quelques films dejantes (ou plus "regardables", entends "abordables", parfois, avec Nakata) ne suffisent pas a faire saisir un message precis.
Ca peut paraitre absurde mais les japonais regardent souvent le cinema pour l`image, et ne reflechissent guere au contenu (c`est la tendance generale). Il faut voir comme les japonais parlent du cinema entre eux. Loin d`etre un veritable sujet de discorde ou de conversation vive, le cinema est juste un divertissement comme le karaoke ou le bowling.
Triste constat mais je pense que ca permet de comprendre la maigre influence du cinema alternatif, qu`aucun japonais ne va voir.
Mais qui serait pret a depenser 15 Euros pour voir un film de Miike ? Genre c`est le budget du film :)
Izo