Love conquers all. Superbe titre pour un film cruel et magnifique, signé par Tan Chui Mui, une jeune réalisatrice malaisienne. Ah Ping quitte son village pour aller travailler à Kuala Lumpur, dans le restaurant de sa tante. Elle partage sa chambre avec sa petite cousine, une gamine précoce et bavarde. Ah Ping appelle sa famille et son petit ami tous les soirs, depuis la cabine publique de téléphone. Elle y rencontre John qui se met à la suivre partout. Le garçon voit en elle sa promise. Peu à peu, la fière Ah Ping succombe. Mais le piège se referme sur elle. John lui présente un soir son cousin. Il révèle à Ah Ping que le bellâtre séduit les filles pour les amener à se prostituer. Le scénario est parfaitement rodé. L'homme promet le mariage à ses petites amies puis disparaît. Mortes d’amour et d’inquiétude, les jeunes femmes paniquent. On leur explique alors que leur copain a de gros ennuis et que pour le sortir de ce mauvais pas, il faut de l’argent. Les crédules fiancées s’exécutent mais si elles n’ont pas assez de liquidités, elles doivent se prostituer pour rembourser la dette. Et quand leur fiancé est enfin de retour, elles continuent à vendre leur corps.
La rencontre avec le cousin maquereau intervient dans le premier tiers du film. Elle est programmatique. John, en effet, disparaît du jour au lendemain, après avoir demandé Ah Ping en mariage. Dès lors, on comprend qu’il est lui aussi dans la combine. Mais Ah Ping va aller jusqu’au bout. Par amour.
Love conquers all mêle les accents du mélo à la tragédie. L’héroïne n’a pas le choix, comme lui répète à l’envi son petit ami peu recommandable. Lors d’un trajet en voiture, il lui explique qu’elle peut toujours sauter mais que la chute sera très douloureuse. C’est la métaphore même de leur histoire. Ah Ping ne peut renoncer à cette idylle : l’issue lui serait fatale. Elle va donc s’abandonner totalement.
Le film distille une doucereuse cruauté que soutient une mise en scène délicate et sensible. De la chronique familiale inscrite dans la banalité du quotidien, on passe à une éducation sentimentale hors normes. La victime est consentante et prête à tous les sacrifices. N’est-ce pas l’amour au fond par lequel les êtres abdiquent toute résistance ? La question reste ouverte comme la fin du film où se logent à la fois une inquiétude et un espoir.  Love conquers all...et bien plus encore.

Le film est sélectionné au prochain festival de Belfort. A voir absolument.