20/11/2007 L'amour emporte tout (ou presque).
Love conquers all. Superbe titre pour un film cruel et magnifique, signé par Tan Chui Mui, une jeune réalisatrice malaisienne. Ah Ping quitte son village pour aller travailler à Kuala Lumpur, dans le restaurant de sa tante. Elle partage sa chambre avec sa petite cousine, une gamine précoce et bavarde. Ah Ping appelle sa famille et son petit ami tous les soirs, depuis la cabine publique de téléphone. Elle y rencontre John qui se met à la suivre partout. Le garçon voit en elle sa promise. Peu à peu, la fière Ah Ping succombe. Mais le piège se referme sur elle. John lui présente un soir son cousin. Il révèle à Ah Ping que le bellâtre séduit les filles pour les amener à se prostituer. Le scénario est parfaitement rodé. L'homme promet le mariage à ses petites amies puis disparaît. Mortes d’amour et d’inquiétude, les jeunes femmes paniquent. On leur explique alors que leur copain a de gros ennuis et que pour le sortir de ce mauvais pas, il faut de l’argent. Les crédules fiancées s’exécutent mais si elles n’ont pas assez de liquidités, elles doivent se prostituer pour rembourser la dette. Et quand leur fiancé est enfin de retour, elles continuent à vendre leur corps.
La rencontre avec le cousin maquereau intervient dans le premier tiers du film. Elle est programmatique. John, en effet, disparaît du jour au lendemain, après avoir demandé Ah Ping en mariage. Dès lors, on comprend qu’il est lui aussi dans la combine. Mais Ah Ping va aller jusqu’au bout. Par amour.
Love conquers all mêle les accents du mélo à la tragédie. L’héroïne n’a pas le choix, comme lui répète à l’envi son petit ami peu recommandable. Lors d’un trajet en voiture, il lui explique qu’elle peut toujours sauter mais que la chute sera très douloureuse. C’est la métaphore même de leur histoire. Ah Ping ne peut renoncer à cette idylle : l’issue lui serait fatale. Elle va donc s’abandonner totalement.
Le film distille une doucereuse cruauté que soutient une mise en scène délicate et sensible. De la chronique familiale inscrite dans la banalité du quotidien, on passe à une éducation sentimentale hors normes. La victime est consentante et prête à tous les sacrifices. N’est-ce pas l’amour au fond par lequel les êtres abdiquent toute résistance ? La question reste ouverte comme la fin du film où se logent à la fois une inquiétude et un espoir. Love conquers all...et bien plus encore.
Le film est sélectionné au prochain festival de Belfort. A voir absolument.




Commentaires
Sandrine...
Chapeau bas encore pour la qualité de tes interventions, d'autant que, dans un festival, et sans un vêtement à se mettre sur le dos, on sait qu'il n'est guère permis de peaufiner ses textes et polir ses idées.
Que j'aimerais posséder seulement le dixième de ton talent pour vivre encore de mon amour du ciné !
Au fond, je n'étais pas pour le 'ratachisme' à l'Hexagone comme le souhaite les extrémistes francophones de mon décidément bien petit pays (162 jours sans gouvernail, nous allons nous fracasser la tête sur le mur imperturbable de la mondialisation); mais je me rends compte à présent que j'avais tort.
Il est vrai que les Français sont les champions du monde des râleurs, que leur combat stérile contre l'impérialisme du cinéma hollywoodien (encore une fois, le cinéma américain n'existe pas, pour la simple et bonne raison qu'il est multiple, volatile, auteuriste, naïf, violent, douceureux, nauséabond, grandiose...) me hérisse le poil, que leur nombril a aspiré toute velléité d'empathie.
Mais franchement, la bonne fortune vous a offert la plus belle langue du monde.
Et tu lui fais diablement honneur.
Thierry
J'ignorais qu'en intitulant mon premier billet "la fille à la valise", cela conditionnerait tout mon séjour.
Mon bagage est arrivé le 3è jour du festival. Et ce soir, à CDG la valise était de nouveau perdue ! Un vrai feuilleton.
Si vous optez pour la compagnie Alitalia, prévoyez toujours de voyager léger !