29/11/2007 La nouvelle vague roumaine existe-t-elle ?
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Love conquers all. Superbe titre pour un film cruel et magnifique, signé par Tan Chui Mui, une jeune réalisatrice malaisienne. Ah Ping quitte son village pour aller travailler à Kuala Lumpur, dans le restaurant de sa tante. Elle partage sa chambre avec sa petite cousine, une gamine précoce et bavarde. Ah Ping appelle sa famille et son petit ami tous les soirs, depuis la cabine publique de téléphone. Elle y rencontre John qui se met à la suivre partout. Le garçon voit en elle sa promise. Peu à peu, la fière Ah Ping succombe. Mais le piège se referme sur elle. John lui présente un soir son cousin. Il révèle à Ah Ping que le bellâtre séduit les filles pour les amener à se prostituer. Le scénario est parfaitement rodé. L'homme promet le mariage à ses petites amies puis disparaît. Mortes d’amour et d’inquiétude, les jeunes femmes paniquent. On leur explique alors que leur copain a de gros ennuis et que pour le sortir de ce mauvais pas, il faut de l’argent. Les crédules fiancées s’exécutent mais si elles n’ont pas assez de liquidités, elles doivent se prostituer pour rembourser la dette. Et quand leur fiancé est enfin de retour, elles continuent à vendre leur corps.
La rencontre avec le cousin maquereau intervient dans le premier tiers du film. Elle est programmatique. John, en effet, disparaît du jour au lendemain, après avoir demandé Ah Ping en mariage. Dès lors, on comprend qu’il est lui aussi dans la combine. Mais Ah Ping va aller jusqu’au bout. Par amour.
Love conquers all mêle les accents du mélo à la tragédie. L’héroïne n’a pas le choix, comme lui répète à l’envi son petit ami peu recommandable. Lors d’un trajet en voiture, il lui explique qu’elle peut toujours sauter mais que la chute sera très douloureuse. C’est la métaphore même de leur histoire. Ah Ping ne peut renoncer à cette idylle : l’issue lui serait fatale. Elle va donc s’abandonner totalement.
Le film distille une doucereuse cruauté que soutient une mise en scène délicate et sensible. De la chronique familiale inscrite dans la banalité du quotidien, on passe à une éducation sentimentale hors normes. La victime est consentante et prête à tous les sacrifices. N’est-ce pas l’amour au fond par lequel les êtres abdiquent toute résistance ? La question reste ouverte comme la fin du film où se logent à la fois une inquiétude et un espoir. Love conquers all...et bien plus encore.
Le film est sélectionné au prochain festival de Belfort. A voir absolument.
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John Malkovich a reçu hier soir le Golden Alexander Award pour l'ensemble de sa carrière, dans le cadre d'une séance spéciale où était projeté Being John Malkovich. "Alliance de sensiblité et d'intelligence", ainsi a-t-il été présenté par Konstantinos Kontovrakis qui a ouvert la cérémonie. Despina Mouzaki, le président du festival de Thessalonique, a défini l'acteur comme "une figure mythique, un homme à la fois simple et mystérieux".
Simple, Malkovich l'était. Sobre même, à l'image de son discours de remerciement où il se disait reconnaissant des opportunités offertes par son métier de travailler aux quatre coins de la planète. Il a aussi adressé sa plus profonde gratitude à la compagnie British Airlines qui a perdu sa valise, contrecarrant ainsi sa propension à la coquetterie.
Crédits : John Malkovich pendant la masterclass qu'il a donnée le 18 novembre à Thessalonique. (Photo : Rassias Studio).
Le festival de Thessalonique sait recevoir. Lily Papagianni, qui travaille au bureau de la presse étrangère avec Alexis Grivas, réserve d’emblée un accueil personnalisé et chaleureux aux journalistes. La topographie des lieux m’échappe au début mais on me guide patiemment (j’ai fait latin au collège ; mal m’en a pris). Les projections ont lieu sur le port et en centre ville. Le programme est chargé (plus de 200 films) qui oblige à jongler entre la compétition internationale, les rétrospectives John Sayles (auteur américain passionnant, dont l’œuvre est méconnue en France), William Klein, Lee Chang Dong et une section dédiée au cinéma des Balkans. Des hommages émaillent les festivités : John Malkovich mais encore… Jack Lang. Une curiosité à laquelle on n’a pas jugé bon de se rendre pour se ruer dans les salles et avaler 8 heures de projection hier. Un roboratif festin. La sélection est à l’image des salades grecques qu'on vous sert ici, fraîche et pleine de croquant.
Prix Un certain Regard au dernier festival de Cannes, California Dreamin’ de Cristian Nemescu relate le passage d’un train, dans un village roumain oublié du monde, où règne une corruption ordinaire. Nous sommes en 1999. Des marines de l’OTAN, chargés d’acheminer du matériel militaire en Yougoslavie, voient leur voyage chamboulé. Leur venue inopinée attise les rêves d'une vie meilleure. Miracle américain. Le maire trouve l’occasion inespérée de sortir son village de l’anonymat. Ni une, ni deux, le train est stoppé, sous prétexte d’obscures formalités administratives. En ébullition, le village organise au pied levé des festivités dont les militaires sont les invités d’honneur… à leur corps défendant. Sur le ton de la chronique douce amère, Nemescu brasse les genres avec talent. On n’est pas loin par endroits de 2000 Maniacs de Gordon Lewis où des rednecks "zombifiés" célébraient de manière très gore la guerre de Sécession. A peine se fait-on cette réflexion que nous sommes à présent dans le registre de la comédie sentimentale. Les filles du village se font belles, s’enhardissent, invitent les militaires à danser. Des intrigues amoureuses se nouent, avec leur lot de déchirements qui prépare un final sombre et apocalyptique. Car tandis que le train s’ébranle enfin, les habitants s’entretuent. Des violences, les militaires ne verront rien d’autres que des explosions au loin qu’ils prennent pour un feu d’artifice, tiré en leur honneur. Métaphore de la cécité internationale. La diatribe politique cinglante laisse pantois. Le réalisateur Cristian Nemescu est mort à l’âge de 27 ans, au printemps dernier, dans un accident de voiture. Il était sans aucun doute le plus grand cinéaste du jeune cinéma roumain.
C’est par le truchement d’un autre cinéaste roumain, Radu Mihaileanu, que nous avions été sensibilisés à la condition des Ethiopiens d’Israël dans Va, Vis et Deviens. Vasermil de Mushon Salmona part de là pour aborder la question de la cohabitation des communautés sur le sol d'Israël. Un beau film bourré d’énergie mais profondément pessimiste. Trois adolescents, respectivement russe, éthiopien et israélien flirtent avec la petite délinquance. Entre défonce, menus larcins et climats familiaux instables, ils trouvent dans le football un échappatoire. Un entraîneur les recrute pour jouer dans l’équipe locale. Ils doivent faire fi de leurs différences culturelles. Mais leur environnement violent ne leur laisse aucune chance. Filmant caméra à l’épaule, au plus près des visages expressifs de ses jeunes interprètes, Mushon Salmona prend à bras le corps le refoulé raciste d’une société éclatée. Dans la jeunesse et le sport gisent l’espoir. Tropisme qu'accueille avec scepticisme le cinéaste. La rue et la famille imposent leur dure loi par où le choix est impossible. Vasermil, du nom d'un stade de foot, devient la tragique métaphore de jeunes vies brisées.
J’ai toujours aimé les cinéastes qui filment la nuque des femmes. Dans Elli Makra – 42277 Wuppertal, Athonasios Karanikolos ne s’en prive pas. Il emboîte régulièrement le pas de son héroïne, une grecque qui vit en Allemagne, entre nostalgie et désillusion. Après un mariage raté, Elli a quitté le domicile conjugal puis son travail. Elle vit chez sa sœur et sa nièce, en attendant de réunir l’argent nécessaire à son retour en Grèce. Mais les événements vont peut-être l’en dissuader. On tombe d’emblée sous le charme de l’actrice Anna Lalasidou (tout un programme). Pourtant aux antipodes du glamour dans le rôle de cette exilée, elle concentre toute la lumière. Affranchie et déterminée, le fou rire la guette souvent dans les situations les plus tragiques. Il est communicatif comme la belle énergie qui circule entre les trois générations d’actrices à l’écran. Le cinéaste évite la pose misérabiliste pour livrer un film où les femmes se solidarisent face à l’adversité. Qu’elle soit le fait des hommes ou de la société. Le film se referme sur une scène émouvante où Elli danse le sirtaki, en hommage à ses racines. Comme dans le Kechiche (La Graine et le Mulet), force est de constater que les femmes mènent littéralement la danse au cinéma cette année.
Sean Penn est un acteur inégal, oscillant entre émotion et caricature. Cabot ou génie ? De rôle en rôle, il faut toujours reconsidérer la réponse. Mais en tant que réalisateur, le doute n’est pas permis. Son talent éclate dans The Indian Runner et se confirme avec Crossing Guard. Mais dès The Pledge, son troisième long métrage, le réalisateur semble déjà accuser le coup, niveau mise en scène. Il n’empêche, Penn est un grand cinéaste de l’humain, qui filme et regarde ses figures avec empathie. Il aime les personnages brisés, les laissés pour compte de l’americana. Pas étonnant qu’il ait choisi d’adapter le roman de Jim Krakauer, Into the Wild pour sa quatrième réalisation. Un étudiant, fraîchement diplômé, décide de renoncer à la vie que ses parents aisés et conformistes ont tracé pour lui. Le voici lancé sur les routes, armé d’un sac à dos, décidé à renoncer à la civilisation. Au fil des rencontres, sa quête se radicalise. Il part à la conquête des grands espaces de l’Alaska. Deux ans durant, il s'absorbe dans la lecture et écrit son journal. L’écriture importe à Penn qui cite Thoreau (Walden) et Jack London, tout en essayant maladroitement de la mettre en scène. Mais comme il n’a pas beaucoup d’idées (ce qui se confirme malheureusement à l’issue des 2h30 de projection ), il prend le parti pris d’incruster numériquement des extraits du journal. Effet cosmétique malheureux. Plus problématique, les plans sont dénués de dimension physique. La sensualité a déserté une nature qui devrait être spectaculaire. Ici, elle n'est que spéculaire. Sean Penn axe son film sur les rencontres avec des marginaux et des solitaires. Ca se veut humaniste, c'est souvent prêchi prêcha. Le cinéma américain effectue actuellement un retour à la nature, rempart contre la société de consommation. Mais on préfère à Into the Wild, la beauté et la modestie d'un Old Joy (Kelly Reinhardt) où l'émotion vibre au diapason de la nature.
Notes
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