02/12/2005 Renouveler la critique
Bonjour,
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Commentaires
Il me semble au contraire qu'elle fagocite tout, puisque des thèses sécrivent sur un peu tout et n'importe quoi.
L'augmentation du nombre d'étudiants les contraint à aller chercher des objets d'études dans les plus petits détails ou dans des disciplines honnies il y a moins de dix ans.
Je me demande si il ne devient pas plus rebelle de se démarquer de l'universite (comme ton ami semble le faire, mais effectivement il y a forcément aussi une part d'envie, de faire partie du sérail), d'autant que la plus part des critiques de cinéma sont également des universitaires ou l'ont été (même Daney ou Skorecki).
Mais ta question est intéressante même si actuellement elle n'a aucune réponse puisqu'effectivement nous semblons être dans cette impasse que tu décris.
Peut-être que les blogs en sont une alternative, à la manière dont tu la pratiques (comme quelques autres J(...)-S(...), Cinématique...), en mélant le vécu, les affects et la théorie analytique...
Cependant je ne voudrais pas tomber dans le panneau de la mode nouvelle technologie, il faut sans doute encore laisser à ce nouveau mode d'expression le temps d'acquérir sa maturité.
Tout cela mériterait un beau colloque comme à notre époque des fanzines (j'ai l'impression de jouer au vieux con en écrivant cela...).
Le débat est donc ouvert, espéront que nombreux seront ceux qui viendront l'alimenter...
Mais reste aujourd'hui la vraie question de la cinéphilie avec les nouvelles pratiques.
Autre vaste débat...
Il y a certes des universitaires qui font d'excellents critiques (Daney en fut un, et pas des moindres, au sein de l'université expérimentale de Vincennes), d'autres, comme Daniel Arasse, qui s'adressant depuis un autre champ d'expérience (la peinture), établissent assez de "modus operandi" pour servir de modèle dans d'autres disciplines, par quoi la puissance de son travail universitaire peut évidemment servir la critique. La "servir", et non pas s'y subtituer. C'est là que je rejoindrais ton ami.
La question que se pose l'universitaire est celle du "comment". Or il incombe au critique de savoir "pourquoi". Parmi les universitaires qui ont su faire le lien du comment au pourquoi (force est de constater malgré tout qu'ils sont peux nombreux, et il est vrai pour la plupart très "conservateurs"), il en fut un merveilleux, bien que très conservateur lui aussi : Alain Bergala justement, analyste exemplaire, toujours du côté de la "fabrique" des films, avec une manière bien à lui d'intégrer les acquis de l'université à son éventuelle utilisation dans le champ critique. Pour ma part, je ne nie donc pas les acquis de l'analyse et plus largement de l'université en vue d'un travail critique. Je reproche à une certaine critique de ne s'en tenir qu'à ces acquis, sans chercher à les transformer.
La pratique du "jugement" n'est pas chose aisée, elle relève de toute façon de l'idéologie. Bien entendu, il s'agit toujours d'en revenir à un problème d'élection, par quoi, si la critique entre dans le champ du politique, c'est en temps que "processus électoral" ; une question de forme, et seulement : encore et toujours, qu'il s'agisse du film ou du texte. Folle ambition qui doit être chaque fois renouvellée d'un forme "créative" d'écriture où comme le revendiquaient certains, "faire du cinéma et en parler, cela revient au même". Il s'agit toujours, pour la critique digne de ce nom, d'inventer le cinéma : de prolonger et/ou d'enrichir sa définition, qui n'est pas la même pour tous (chapelles, clans, "Anciens et Modernes" si tu veux). Cela revient, comme tu le dis, à choisir ses objets, lesquels constituent pour chacun une histoire du cinéma autant que sa propre histoire.
Au cas par cas, chacun pour soi (les blogs, idéalement), renouveller la critique n'est pas si difficile, dès lors que le talent s'exerce, et que l'écriture se revendique comme singulière. Il en va tout autrement lorsqu'il s'agit, pour la critique, de se faire entendre au sein d'un collectif (idéalement, les revues), d'inégrer réellement le champ politique, de faire naître une singularité à partir de plumes diverses qui doivent, ensemble, construire ce "modus operandi" dont tu parles.
Et la critique dans tout ça ? Toujours en force, dans Panic, comme dans Simulacres avant, bcp moins sur les blogs je trouve (ss dénigrer)... !
Reste ce FAUX renouveau du dvd pourtant ET DE L ILLUSION D UN DISCOURS CRITIQUE.
Cela persiste, travaille tout à chacun ?, apparaît sous-entendu dans ton texte par un non dit, ou laisse filtrer un manque ou absence - je crois -, via un renouveau par des supports nouveaux (ce n'est pas un critère cela dit...) ; à travers la création d'un discours avec ou mieux, par les images. Ce que tu fais svt par le montage, le bout à bout, avec le texte.
L'université en ce sens a tenté via bergala (et via sa mission pr le ministère) de reformuler la transmission, ou une forme de pédagogie par l'image et via le dvd, pas si éloignée de ça d'une volonté de transmission critique (bergala passeur ? je crois pas! il se dit essayiste ET cinéaste.. hum).
La fac a prôné la vhs, elle est aujourd'hui dans un entre-deux qui dure, le dvd c'est aussi la preuve par l'image, l'intéractivité en point de mire, aussi, ce qui diffère de la fac, et l'échec actuel de bergala est aussi là, ne pas répondre aux nouvelles lectures (plus que par l'image, par le montage!!) en vigueur, que l'on voit aussi ce que certains proposent (douchet, notamment) est criant, ils ont capitulé dans l'apport critique, sont restés au stage oral, professoral, là est aussi la critique de SB sur les universitaires et le repos sur leur "acquis".
Pt être tu ne t'intéresses pas ou plus, que sais-je, sur les apports critiques du dvd. comment il refait le cinéma, comment il questionne notre regard (pardon pour la tarte à la crême), comment il se place et déplace les enjeux (économiques et critiques) en cours...
Perso, moi, en dehors de deux éditions ci et là, et mes rêves en attente, je vois pas... d'où pt-être que tu passes "sous silence" cet aspect-là.. non ?
en ce sens - plus ou moins - j conseille le fabuleux entretien avec assayas, ds panic, sur un certain échec de la fac..
Quant aux autres contributeurs, je vous réponds point par point (ça va être long, tant vos commentaires sont nourris) demain sans faute. Ma santé bancale fait que je dors la plupart du temps en ce moemnt et me relève à des heures indues. La preuve !
"Heures hindoues, rentrer tard
Tard ou tôt, c'est comme on l'entend
Et j'ai l'idée d'une idée dans les airs
Et décoller de ce bitume et ces pavés
A fond de cale dans l'air silencieux
Oublier cette putain de pluie, la nuit est finie
Peut-être enfin demain nous appartient"
;-)
Euh bon....
Vous soulevez tous des points, dont la somme entre en ligne de compte dans la redéfinition de la critique.
1) la formation
L'enseignement passéiste du cinéma à l'université laisse à désirer, tant en terme de contenus (étude du cinéma classique, au détriment du contemporain) que de pédagogie (un cadre rigide, soumis à l'évaluation). La question de la formation des formateurs (je rejoins rph) est sujette elle aussi à caution. Lire effectivement à ce sujet le bel entretient Assayas/Thoret dans Panic ! Mais, il ne faut pas radicaliser. Phil a raison de signaler que l'université s'est ouverte à des objets contemporains. Seulement, l'approche de ces mêmes objets demeure insatisfaisante : elle croise d'autres champs (philosophie, sociologie etc...) et perd parfois de vue l'objet même.
2) les nouveaux supports et l'émergence d'une nouvelle syntaxe cinématographique
Ces 20 dernières années l'image et le rapport à celle-ci ont considérablement muté. Gilles parle du DVD, et à travers ce support, de sa pratique cinéphile, autre volet à ne pas négliger. Le DVD comme outil favorisant l'émergence d'une "forme critique impure qui sublimerait tout choix "d'élection" ? Je ne suis pas convaincue, car la condition d'un renouveau critique, c'est le choix.
D'ailleurs, c'est le sens même du mot "critique", qui en grec, veut dire "choisir".
Les outils analytiques sont inadaptés à la réalité de l'image et de son évolution. A nouvelle syntaxe cinématographique, nouveaux outils. Je lis partout qu'il faut les repenser mais là encore les modalités restent floues. Repenser en fonction du support, de son contexte, les deux à la fois ? Comment articuler une forme critique à l'aune d'une autre forme dont la maîtrise nous échappe ?
A partir de là, il apparaît de plus en plus souvent que la question de savoir si le film est bon ou pas importe peu : ce qu'il éclaire, ce qu'il symptomatise dans l'histoire des formes, parfois à son corps défendant, ce qui le renvoie lui, bon ou mauvais film à d'autres, moins bons ou meilleurs que lui, et qui dessinent avec lui l'objet qui incombe au critique : une morale, une définition "in progress" du cinéma. De plus en plus, les films sont porté par des enjeux les dépassent, dépassent leur seul statut de film, y déposent cependant une trace qu'il convient au critique de cerner, ce que le DVD permet aussi plus que tout autre. Critique impure, oui, à partir de là, qui dès lors va faire ses choix selon des critères élargis, opérer son propre montage à partir d'une banque de données toujours plus conséquente.
Ce qui en fait n'était pas mon propos, je ne parlais ni de contenus, d'ailleurs, mais bien de transmission. Que veux-tu dire par "syntaxe cinématographique" : syntaxe par le montage et une pédagogie critique ? Syntaxe du film/dvd même (du contenu)?
Je ne pense pas non plus, suite à la belle synthèse de S., qu'il s'agisse de choix ou d'élection, ms bien de texte, de texte et d'image, de portes d'entrées quoique c'est terminé je crois, ou bien mort-né. Les bonus ont échoué, c'est pas que le constat de Scorsese !! Enfin, c'est pas le débat. On ne peut pas regarder un dvd sans zappette : et l'intéractivité, donc, de creuser le rapport entre le manque, créé par le trop-plein (je dirai l'absence!) d'"excroissances" que seraient les bonus, et la croyance naïve du film comme objet fini (l'essence du cinéphile). Pour moi, le renouveau critique passe par le dvd, mais il faudra d'abord qu'on confesse :
- que le dvd c'est l'inachèvement du film, le fantasme impossible de son dépassement.
A ce titre, peu importe le support ; le dvd n'est qu'une étape, le tout-numérique une réalité actuelle, avant transformation. La VOD permet elle de se payer le film et rien que lui, retour au cinéma à domicile, brisure de l'intéractivité.
- qu'il n'y a pas, comme certains le proclament, une dématérialisation du cinéma (encore une fois le discours stérile sur le support), mais un cinéma émietté.
Des dvd proposent des versions sans avis du cinéaste ; où est l'intégrité du film ? Second problème, plus fort, entre le film en VOD et le dvd, plus la ressortie en salle : où est passé le film ?
La cinéphilie est tellement devenue une valeur marchande qu'il faut jongler, pour les décideurs, avec les technologies. Et non pas contre. Le dvd, allié du cinéma donc. Allié pour le moment même au film en payperview, à domicile.
quand tu crées dans ton blog, tu ne penses pas à l'axiome de renoir, si ?
sinon tu en penses quoi de ce que je disais avant ?
Mon blog n'est pas motivé par un quelconque aspect pédagogique. Je l'ai voulu comme une plateforme d'échanges sur le cinéma, tout simplement. C'est juste qu'il me manquait quelque chose dans ma démarche de cinéphile, telle que l'énonçait Daney : "voir, en parler, écrire".
C'est sur le 2è point que je butais et je me suis dit que le blog (pour le coup, un nouvel outil dont il est néanmoins trop tôt pour dire s'il tiendra ses promesses) serait une bonne alternative pour combler ce manque.
point de vue de sandrine sans aucun lien avec pt de vue du cinéaste, pour moi.
"regarder", donc, ou alors critiquer ?
Si c'est critiquer, je ne partage pas cette option, c'est chacun la sienne. Je n'ai pas ton recul peut-être... Toujours est-il qu'il me semble trompeur (mais je me trompe pt-être) de croire à cette vision in vitro, une vision de l'intérieur, qui, par le fait de coller à la trajectoire d'une caméra, à sa moelle comme tu dis, se confonderait avec le pt de vue interprétatif. C'est coller au film et ne pas en regarder les contours. Cela pose une équivalence entre interprétation critique et le comment du cinéma. Moi je ne vois pas juste en quoi la critique peut complèter les deux ; à moins qu'elle ne prenne des notes tout le temps en collant à l'image, lors de la vision. Mais c'est contraire à une éthique, une théorie. J'opte pour ça quitte à préférer la froideur. On en revient à sa cuisine interne, et perso : càd qui prend, ne prend pas des notes avant d'écrire ? Ou théorie vs praxis ?