Sebastian Benedict, Sandy Marks et John-Philip T.C (prononcer « Tissi ») devisent dans une soirée parisienne. Ils sont isolés dans une pièce d’où leur parvient la clameur d’une fête animée. Un jeune homme prend des photos à la lampe torche. Les invités posent. Jon-Philip parle russe, Sandy s’allume une cigarette fine et Sebastian finit sa vodka d’une traite.

SB : Alors Caché ?
JPTC : Bah, je ne l’ai pas trouvé ! (rires)
SM : Moi, non plus !
JPTC : « Je ne l’ai pas trouvé », elle est bonne, non ?
SB : Ouais ! J'avais envie de parler du film sur mon blog, avec ce titre : « Caché. Où ça ? ».
SM : Oui, c’est bien le problème. Il n’y a rien qui ne soit montré dans la bande !
SB: C’est juste, le mystère s’étiole très vite.
SM : Le visible est constamment exposé, surexposé.
JPTC : Et le climax est atteint avec le suicide de Bénichou.
SB : Il dit d’ailleurs à Auteuil, « je voulais que tu sois là pour voir ça ».
SM : … assignant par là même au spectateur sa place. Haneke dit au public, « je voulais que vous soyez là pour voir ça ».
JPTC : En même temps, ce n’est pas nouveau, dans sa filmographie, que de faire du spectateur l’otage de dispositifs forclos.
SB : Oui, mais à la limite, je trouvais Funny Games, où il y a le même procédé de rembobinage de l’image, plus honnête.
SM: Funny Games parvenait à être réellement anxiogène. La caméra de vidéo surveillance ne montre rien dans Caché. Je dirais même que c’est paradoxalement sa vocation. Elle objective le réel. Haneke est à la lisière : entre l’enregistrement morne du réel et sa subjectivisation. Pour autant, ça ne peut pas fonctionner bien longtemps comme agent dramatique.
JPTC : « Le visible est à nous, le caché est à Dieu » dit un proverbe arabe.
SM : Ah, tiens, justement un ami me disait que Haneke avait refusé d’aborder deux sujets de conversation en interview : Dieu et le sexe !
SB : Pas étonnant, son cinéma est très puritain, au fond.
SM : En fait, Haneke n’a pas compris que « ce qu’il y a de beau dans un mystère, c’est le secret qu’il contient et non la vérité qu’il cache ».
JPTC : le film s’échine à chercher la vérité, en effet.
SB : …au détriment du secret.

(Ce récit est purement fictif. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.)

Crédits : Michael Haneke, souriant, au Festival de Cannes 2005. Photo Moland.