Découvert à L'Etrange Festival le remarquable documentaire, Après la Mort de Blue Hadaegh et Grover Babcock, film choc qui prend le parti pris de montrer l’irreprésentable : la mort dans ce qu’elle a de plus prosaïque.
Mais comment donner une sépulture et rendre les derniers honneurs à des personnes décédées dans l'anonymat ou la solitude ? Un service administratif américain, autour duquel se concentre le documentaire, se charge d’enquêter. C’est à partir de ce troublant paradoxe - redonner aux morts leur vie ! - que se construit le documentaire.
Avec un filmage précis, dénué d’affect mais non de compassion, les réalisateurs vont accompagner l’équipe chargée de ce travail contre l’oubli. Ces arpenteurs de mémoire se succèdent à l’image, à peine troublés par la discrète présence de la caméra. Dans leurs recherches biographiques, les employés n’excluent aucun détail.
La trace la plus ténue soutient une investigation intime. Un carnet d’adresses, une carte d’identité, un mot griffonné marquent le point de départ d’une quête mnésique, avec au bout, un portrait terrible d’une Amérique rongée par la solitude et les discriminations.
Les réalisateurs dénoncent, par touches impressionnistes, une société qui marginalise et ostracise ses éléments les moins productifs : un malade su sida, un obèse etc… Au final, le dossier se referme sur ces morts ordinaires et leur sort tristement banal auxquels répond un documentaire anti-spectaculaire au possible. Nulle mise en scène de la mort, nul suspense douteux autour des enquêtes. La mort est ici un non événement absolu. Nous sommes ici aux antipodes de la série Six Feet Under...