08/5/2005 Pied à terre

Interrogé sur la récurrence des pieds dans ses Journaux filmés (Walden), Mekas, le lituanien, a cette réponse d'éternel déraciné :
"Je veux sentir, vraiment sentir le sol. J'étais arraché dans ma jeunesse. Arraché de chez moi. Je n'ai pas de sol. C'est une chose quand on part de chez soi de sa propre volonté, c'en est une autre quand on est forcé. Une fois arraché de chez soi, on en rêve toujours, que ce soit bien ou mal. (...) On s'attache à tout endroit. Chaque endroit devient chez soi. Alors n'importe où je tombe, d'habitude je commence à avoir des racines qui poussent. Il faut toujours que je sente le sol sous mes pieds. Même les gens dans mes films : il me faut montrer leurs pieds. Je dois montrer qu'ils sont debout fermement sur le sol : ILS SONT CHEZ EUX. Voici la raison des pieds dans les Journaux. "



Commentaires
C'est en tous els ca sà mettre en parallèle avec cette acte de Jean-Paul II qui embrassait toujours le sol de l'endroit où il passait.
"En tous les cas à" et "cet acte"
;-)
lh.
Si ça continue comme ça, quizz ce soir....
Ouh la la, il y a des dimanches matins difficiles...
Un peu de rire, ça détend, non ?!
Et nous n'avons pas la chance de connaître le film de Mekas. dis nous en un peu plus.
Rasures toi dans une moins d'une semaine, tu plantes tes racines dans le sable cannois, veinarde !!!
Dans Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu, un film émouvant mais un peu convenu, une scène rejoint directement le propos de Mekas. Le jeune exilé Schlomo, après un long moment d'adaptation et de résistance, accepte enfin que cette terre soit la sienne et que le judaïsme soit sa religion (alors qu'il est né catholique). En sortant de l'école et en cachette des ses camarades mais sous l'oeil bienveillant de sa mère adoptive, il enlève ses baskets, pour marcher pieds nus sur la terre d'Israël. Geste très symbolique... Filmé au ras du sol, en gros plan sur les pieds.
Il enlève aussi ses chaussures pour retrouver sa manière d'être dans le village éthiopien de son enfance. Il décide donc de faire d'Israël sa nouvelle racine.
C'est une scène poignante, mais peu appuyée, certainement la charnière du film puisqu'il décide enfin de devenir cet enfant juif qui réussira à être un homme (illustration du poème If de Kipling) comme sa mère le lui avait demandé, en l'abandonnant à son sort dans le camp de réfugiés.
Alors pour prolonger la réflexion, je lance une question : si on a tant de mal à trouver nos racines dans nos villes (et particulièrement à Paris) et par conséquence à s'y sentir vraiment bien, est-ce parce qu'il nous semble impossible de fouler de nos pieds le sol de ces villes ?
Et ce qui explique qu'on se sente si bien sur une plage ou dans un pré, où nos orteils frétillent entre les grains de sable ou les brins d'herbe...
Vous avez 5h ! Je ramasse les copies à la fin.
Philippe(s),
Faut-il que l'escalier fût vermoulu pour que vous postâtes des âneries chez moi ? :-)
Le cinéma est le lieu d'élection. C'est ce que nous dit Mekas. Là où il plante sa caméra, il s'enracine. Je recommande la vision de ses Diaries, notes and sketches ou Walden, ses journaux filmés, à la fois intimistes, politiques et poétiques. Voir le NY des années 70, la Factory, Central Park, le vent dans les arbres, la fille en rouge dans Central Park, les amis, Brackage, Warhol, le cirque, la vie en somme érigée comme oeuvre d'art, traversée par l'Histoire et l'intime. Une somme indispensable.
Osons cette comparaison : le blog est l'équivalent, dans sa manière de mise en scène, des journaux filmés de Mekas. Je ne pense pas forcément au mien qui a un objet très spécifique mais à d'autres, comme celui de JS par exemple.
Pour être encore plus sérieux, je trouve dangereux le droit du sol pris au pied de la lettre.Et puis, l'appartenance pour moi, c'est d'abord la culture avant le sol. Et je trouve, de ce point de vue, qu'on trouve plus facilement ses racines en ville qu'à la campagne (pour faire des raccourcis rapides)
(Texte entier ici :
http://www.rudi.net/bookshelf/classics/city/alexander/alexander1.shtml)
« Pour l'esprit humain, l'arbre est le véhicule le plus apte à représenter des pensées complexes. Mais la ville n'est pas, ne peut pas et ne doit pas être un arbre. La ville est un réceptacle de la vie. Si le réceptacle est un arbre, il sépare les strates de vie qui le composent. Ce serait comme un récipient empli à ras bord de lames de rasoir prêtes à mettre en pièces tout ce qui lui est confié. Dans un tel réceptacle la vie serait coupée en morceaux. Si nous faisons des villes qui sont des arbres, elles couperont notre vie en morceaux. »
(Christopher Alexander : « Une ville n’est pas un arbre », 1965)
Et nous n’avons pas à nous chercher de racines, puisque nous ne sommes pas, nous non plus, des arbres.