Mon lectorat me reprochant mes récents égarements (Christian Bale m'aura fait perdre la tête), je retourne à une matière plus conséquente, en poursuivant mes réflexions sur l'éducation à l'image dont on stigmatise encore plus les manques à l'heure où les crédits alloués à la culture rétrécissent comme une peau de chagrin à l'école.
Ce sujet m'interpelle tout particulièrement, oeuvrant moi-même dans le champ de l'action culturelle et me désolant chaque jour, un peu plus, des pratiques éducatives. Car pour moi, c'est bien l'enseignement du cinéma qui est problématique, plus que l'absence de moyens, n'en déplaise aux professeurs geignards, toujours prompts à se plaindre.

Quelques citations pour amorcer la réflexion :

".Pour les images comme pour les sons, il faut en faire, il faut les lire, il faut apprendre à lire. On ne peut pas traiter les sons et les images avec plus de désinvolture que l'écrit. On ne peut pas réduire un langage à un autre, on ne peut pas déclarer d'emblée qu'un langage est supérieur à l'autre, ou que d'autres langages devront fatalement emprunter à l'un d'eux ses références".
Pierre Schaeffer, Machines à Communiquer.1. Genèse des Simulacres, Seuil, 1970.

"Du sensible à l'intelligible, il y a émulation. Les mots peuvent s'efforcer, sinon de recréer l'enchantement, du moins de retranscrire l'image et ses effets, ses échos, ses dérives en nous. (...) L'œil s'éduque par les mots (...). Les bons poètes nous exercent à mieux voir, et leurs mots pourtant sont aveugles. Un rouge coquelicot est incolore, le concept de chien n'aboie pas".
Régis Debray, Vie et Mort de l'Image, une Histoire du Regard en Occident, Gallimard, 1992, Coll. Folio Essais.

A travers ces citations, il apparaît que lire l'image comme un texte peut conduire à la simple identification des thèmes et des contenus, sans que ne soit développée la véritable aptitude à voir ou une "compétence du regard".
Les expériences les plus probantes en matière d'éducation à l'image ne doivent leur valeur qu'à l'interaction des formes, et non au parallélisme ou aux analogies. La réflexion ne s'instaure qu'à partir de ce dialogue incessant.
Il s'agit donc de trouver un juste équilibre entre ceux qui ne voient dans l'image qu'une possibilité d'illustration et ceux qui privilégient une approche trop élitiste d'un art en prise avec son temps.
Néanmoins, ce qui importe, c'est qu'il y ait médiation et rencontre.
Comme l'écrivait Serge Daney, "le visuel concerne le nerf optique mais ce n'est pas une image pour autant. La condition sine qua non pour qu'il y ait image est l'altérité" (Le Salaire du Zappeur).
Et je viens d'écrire, à mon insu, une profession de foi. Pas prête de changer de métier !
Photogramme : The Nutty Professor de Jerry Lewis