04/7/2005 Le voyeur et l'obscène
Bonjour,
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A bientôt sur Contrechamp Media
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Commentaires
un choix que je déplore (cinématographiquement, culturellement, contextuellement) autant qu'il m'est indispensable
ne pas voir "massacre à la tronçonneuse"
jamais
seulement le cinéma (en tout cas, ce cinéma-là) est en cela pervers que même sans avoir vu le film, le mal est fait
alors…?
du spectacle dédramatisé, de la mise en scène outrancière, des soirées bières & vidéos entre "amis" aux angoisses profondes, cauchemardesques, solitaires… que choisir?
faut-il s'épargner ou se vacciner?
la question se pose
lh.
J'échoue complètement avec certains films (mais on en avait discuté ensemble), comme par exemple Twin Peaks de Lynch. Incapable de dire pourquoi mais la crise d'angoisse me rattrape immanquablement à la fin (quand Laura Palmer voit l'ange). Il y a aussi Henry, Portrait of a serial Killer qui me malmène beaucoup. Mais quel film implacable !
Alors que te dire ? Oui, souvent ça vaut le coup de forcer le seuil de ces films extrêmes, pour repousser ses propres limites. L'ombre donne par ricochets la lumière.
Enfin, je dois avouer que j'ai vu Massacre (...) en vidéo : vision morcelée (je m'arrêtais pour souffler) pour un film sur le démembrement !!
Puis, deuxième vision d'une traite. C'était il y a 8 ans. Je n'ai pas eu le cran de le revoir depuis. :-)
tu as vu "lost" (tu citais la série dans une précédente note), moi je trouve admirable l'idée de la peur : on compte jusqu'à 5, 1.2.3.4.5. et hop! y'a plus…
j'aurais adoré dans le premier épisode que la fille, après avoir appliqué le théorème foireux du médecin parfait, se fasse bouffer ;-)
dans n'importe quelle parodie, c'est évidemment ce qui arriverait
quant à l'accident d'avion, le médecin sans peur et sans reproche tombe dans les pommes pendant qu'il a lieu -ça lui aura évité de compter jusqu'à 27…
bref, ce long apparté pour la question de forcer la peur, de l'affronter : j'ai renoncé (mais j'en ai parlé déjà) à "dragon rouge" après la scène de reconstitution -et pourtant, j'adore ça : les indices, les policiers, le moment où le lien se fait entre le meurtrier et sa victime, le pourquoi des choses
le profilage
oui, affronter la peur
alors on écrit, on dit, on rêve aussi, chaque nuit un cauchemar, on se met en danger, on tente, on souffre
je promets d'être meilleur, cinématographiquement -mais je te laisse "massacre à la tronçonneuse"
… ou alors, un jour, avec toi, quand on sera vieux et qu'on n'aura plus peur de rien ;-)
lh.
Plus je vieilli moins je supporte la violence au cinéma, dans la salle de cinéma. Ca me fatigue et m'ennuie comme le comble de l'articialité. C'est ça, c'est le coté factice qui m'emmerde
Sinon, cher lo, je ne vais pas attendre que tu aies atteint l'âge de raison pour que l'on regarde Massacre (...). Au fond, un teen movie benêt, un "slasher" comme tu en as déjà vu bien d'autres ! :-)
En fait, je me posais la question... La violence au cinéma est moins un souci pour moi qu'auparavant. Mon seuil de tolérance reste quand même assez limité. :-)
Cependant, je me range du côté de Blanchot, pour qui "voir" crée de la séparation spontanément. C'est curieux que tu éprouves l'inverse. Tout cela n'est-il pas empirique ? Je veux dire par là que la surexposition à l'image devrait te donner la distance nécessaire ? Tu es pourtant très cinéphile... Serais-tu sensible au clivage dont je parle dans la note ? C'est-à-dire, de plus en plus réfractaire à "l'obscénité du visible" ?
Outre une suggestion permanente (qui rapprocherait de fait, aussi surprenant que cela paraisse, le film de ceux de Tourneur; qu'on pense à la scène dans les bois, entièrement construite sur la bande-son et le bruit se rapprochant progressivement de la tronçoneuse), le cinéaste développe un réel humour noir, qui tient également le spectateur à distance, humour ravageur dont l'objet est bien sûr l'Amérique et son autarcie culturelle et politique, dont la famille consanguine des cannibales est l'évidente métaphore.
Bien sûr, il y a là des effets d'obscénité, ainsi le gros plan sur l'oeil appeuré de la seule survivante, mais tout cela est dans l'ordre du carnaval, à la fois malsain et joyeux...
Je me demande, Sandrine, quel film vous avez fini par voir. A force de mettre des protections entre vous et lui, ne pensez-vous pas être passé à côté de sa force véritable ? Pour moi, la salle est un credo. Il n'y a que dans ces conditions bien particulières, dans cet abandon au coeur de l'obscurité, dans le côté un peu collectif de l'expérience du film, que celui-ci prend toute sa dimension. C'est particulièrement vrai pour toutes ces oeuvres qui cherchent à nous secouer, à nous confronter avec nos peurs. J'ai des souvenirs particulièrement forts de projections de Salo (Pasolini), Crash (Cronnenberg), L'Empire des Sens (Oshima), dans des salles bondées et tendues. Ce sont des expériences fortes que la vidéo ne remplace pas. Ceci dit, ne le prenez pas pour une critique, j'ai moi-même découvert Massacre... en vidéo. Nous avions essayé de nous mettre en conditions, dans le noir, téléphone débranché et ça avait plutôt fonctionné. L'un de nous était partit au bout de 30 minutes, trop ébranlé.
Ce que je veux dire, c'est que je me sens proche de votre façon de fonctionner vis à vis de ces films ressentis comme des défis. Des films qu'il a fallu que j'affronte. Mais je pense que si je décide de les affronter, je dois le faire en jouant le jeu au mieux. Généralement, je ne suis pas déçu. Sauf l'un de mes derniers défis : Cannibal Holaucaust (Déodato) que j'ai trouvé asez putassier et bien loin d'un véritable esprit de subversion. Si on ne veut pas jouer le jeu, autant s'abstenir comme le dit justement lo. Mais pour un vrai cinéphile, l'envie de voir me semble plus forte que tout. Souvent, pour de tels films, ce que l'on en a imaginé est encore pire que ce qu'ils sont. Les plus réussis sont ceux qui arrivent à préserver une part de cette imagination. Et pour moi, le film de Hooper en fait partie. Je ne le tiens pas pour un slasher de base, c'est bien plus (mais je ne vais pas faire trop long).
Sur la notion de distance, je crois que c'est à nous, le spectateur qui choisi de voir, de placer cette juste distance entre abandon et conscience du spectacle, de la représentation. Mais ça fait du bien de se faire secouer de temps à autre.
Pour finir sur la violence, je pense à une réflexion sur La Horde Sauvage de Peckinpah : « la vraie violence du film, ce n'est pas le final, mais c'est quand Pike essaye de monter lourdement à cheval et que son éperon casse, qu'il tombe sous le regard des autres. ».
Sébastien,
Je te suivais jusqu'à cet ultime point :
"Bien sûr, il y a là des effets d'obscénité, ainsi le gros plan sur l'oeil appeuré de la seule survivante, mais tout cela est dans l'ordre du carnaval, à la fois malsain et joyeux".
Tout d'abord, il y a des gros plans sur les yeux tout au long du film, abolissant justement la distance. L'oeil redevient un simple organe. JB Thoret remarque que l'héroïne s'en sort précisément en traversant une vitre, restaurant sa vision. Pas de "carnaval joyeux" là-dedans mais malsain, oui. Un drame même que Thoret nomme : "la mort de l'oeil". C'est de cela dont je parle quand j'écris que le film colle à ma vision. je suis dans la même posture que l'héroïne.
Vincent,
Bienvenue ! Je découvre avec plaisir votre blog. A propos de votre dernier billet sur Cimino, savez-vous qu'il donne une leçon de cinéma ce soir même à Paris ?
Sinon, vos interrogations sont légitimes ! :-)
Comment ai-je vu Massacre (...) ? En dépit de la découverte en vidéo et en deux fois, je l'ai vu comme le film le plus malsain qui soit sur les Etats-Unis, le plus poisseux, avec en filigrane, l'idée d'une Amérique originelle dégénérée. Contrairement à Sébastien, je ne parlerais pas ici d'humour mais d'ironie.
Dans la lignée, je mettrais aussi The Last House on the left de Craven et surtout 2000 Maniacs de HG Lewis, film que j'adore et qui participe de cette idée de communauté cinglée.
Tout cela pour dire que le support, au fond, importait peu ici. Massacre (...) mérite d'être vu, comme expérience spectatorielle limite. Je défends tout comme vous la salle. Et tous les autres films que vous mentionnez, je les ai vus en salles, ayant une longue pratique de ciné-clubs. Pour autant, s'il est possible de découvrir, dans un avenir proche, des films de cinéma sur son téléphone portable, je signe tout de suite !
Je vous rejoins enfin sur la violence psychologique. Par exemple, la séquence chez Sirk, où la jeune fille renie sa mère noire, est insoutenable pour moi.
Je fréquente votre blog avec tout autant de plaisir depuis quelques semaines. Je vous suis tout à fait sur ce portrait de l'Amérique. Je suis plus réservé sur 2000 maniacs, que j'ai trouvé pour le coup plus amusant que dérangeant (sauf peut être la scène du rocher). Et puis HG Lewis est parfois très léger en termes de mise en scène. Hooper, et c'est aussi la force de son film, comme Romero ou Craven, est un vrai réalisateur. Comme le laisse entendre Sébastien, c'est avec du cinéma qu'il nous fait peur.
Pour Cimino, j'avais lu sur un forum qu'il avait déjà présenté le film le 4 ou le 5 à l'UGC Ciné Cité des Halles. Il paraît que son discours à la salle était très émouvant.