12/11/2004 Enfer et tarnation

"Le vrai est un moment du faux" disait Guy Debord, assertion qui vibre tout particulièrement à la vision de Tarnation, auto-fiction composite et viscérale sur une famille dysfonctionnelle américaine. Les "home movies", morceaux arrachés au vécu, soutiennent une introspection douloureuse, éprouvante. De cet exercice de déconstruction émerge la figure renversante d'un ange déchu : Jonathan Caouette, en équilibre précaire, de tous les plans mais constamment au bord de l'anéantissement. A de nombreuses reprises, on croit que l'image va dévorer son propre démiurge. Il est des vérités qui peuvent vous être fatales et c'est au moment précis où Caouette se résout à les affronter que son film devient passionnant.
J'ai posé la question à mon entourage : "de ce flux d'images, de séquences sur la corde raide, laquelle ou lesquelles retenez-vous ?". Quasiment la même réponse à chaque fois : la scène où la mère, en plein délire, danse avec la citrouille. Et encore, la confrontation avec le grand-père.
Quant au reste du film ? Ne demeure que son côté très "juke box" dans lequel on ne saurait y voir une promesse de cinéma. Cette compilation visuelle et sonore, certes tendue par une belle sincérité désespérée, contribue à neutraliser les images, à en réduire leur portée émotionnelle, à éradiquer jusqu'à leur sens.
Ce n'est qu'au moment où Caouette se décide à installer son film dans un minimum de durée qu'il touche au coeur de son projet. En somme, quand il se brûle à la réalité de la folie maternelle (j'ai supplié intérieuremenent pour qu'il coupe la scène de la citrouille qui me fait tant violence) et met en lumière les ambiguités d'un grand-père mutique et réticent.
Il fallait peu à Tarnation pour devenir un grand film "métonymie" sur les Etats-Unis, pays où la crise de la famille ébranle le socle solide d'une nation si viscéralement attachée aux valeurs communautaires.



Commentaires
C'est très fort et "beau".