07/6/2007 De la fausse humilité d'un certain cinéma français.
Bonjour,
Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.
A bientôt sur Contrechamp Media
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Commentaires
Les deux films de Klotz traitent du rapport du collectif (et même du grand collectif quand il s’agit non pas d’une entreprise, mais du pays, de la nation comme dans la Blessure) et de l’individu et à mon avis, c’est dans cet aller et retour, entre la description de grands corps sociaux et des destins individuels qu’ils trouvent leur singularité et leur force de conviction. Reconnaissons déjà à Klotz de ne pas faire comme les cinéastes dits engagés en désignant des personnages « porte-parole », mais au contraire de faire advenir progressivement une parole singulière et intime en lieu et place des discours bien-pensants (les monologues de la Blessure ou celui de Lou Castel, le seul que tu sauves). Ensuite, j’apprécie la façon dont il décrit des systèmes, par la simple succession de faits et gestes, de postures, de déplacements. Ainsi, la première demi-heure de la Blessure reste tout de même, par sa succession de cadrages serrés et de gestes détachés de toute empathie, l’une des rares (longues) séquences « d’inspiration bressonnienne » digne de son modèle. Dans la Question Humaine, l’entreprise passe avant les hommes, et ce faisant, l’entreprise n’est d’abord décrite que comme un lieu où se croisent des hommes clonés, des costards sur pattes, des groupes qui s’agrègent et se disloquent, des postulants dont les psychologues examinent les moindres tics. Je trouve pas mal de pertinence là-dedans et une valeur quasi chorégraphique à ces plans (je sais bien que c’est mon dada). Ensuite, tout ce passage du séminaire d’intégration, du pètage de plombs dans la boîte de nuit m’a vraiment beaucoup impressionné, ce moment où justement parce que les mots n’ont plus de valeur (jusqu’à quel point, est-ce obligatoire de jouer ces moments d’humiliation pour intégrer l’entreprise ?) que les digues sautent, que les corps reprennent le dessus. Là dedans, un côté « Fight Club Corporate » dont l’ambiguïté à souhait n’est pas pour me déplaire. Je vois la poursuite du film comme une tentative de faire ré-advenir la parole, une parole personnelle, la plus éloignée possible de la novlangue entrepreneuriale, et de la faire résonner comme une parole vibrante qui traverse les corps et les individus. Démarche peut-être beaucoup plus proche du théâtre que du cinéma, beaucoup plus axée sur la diction que sur le jeu, mais une parole que le spectateur reçoit autant qu’il l’écoute. Faire vivre et faire recevoir des mots. Volonté à la fois modeste et ambitieuse, mais qui suffit peut-être à ne pas négliger un film. Contrairement à toi, je trouve que, dans ses meilleurs moments, la dialectique entre les corps et la parole, ou la disjonction des deux, est questionnée, travaillée, mise en scène.
J’ajoute que, moi non plus, je ne suis pas très à l’aise quand on me sort des rapprochements entre les logiques d’éliminations du capitalisme et celle du nazisme et quand la mémoire de la Shoah vient se poser comme ça au cœur du film. Bigre ! Que penser de tout cela ? Est-ce plus pertinent dans le roman ? C’est vrai que, quelque part, je me sens coincé. L’accepter comme un postulat de son auteur ? Ou alors, tenter de les réfuter, mais je ne me sens vraiment pas outillé pour me lancer dans des débats sur de telles questions. C’est vrai que c’est sans doute énorme, bien trop pour un simple film. Mais finalement, ce qui me fait finalement adhérer à la « question humaine », ce sont finalement bien plus ses dispositifs – qui me paraissent faire surgir de la vérité et de la singularité – et sa recherche scénographique que son propos.
Pour moi, « la question humaine » se présente comme un puzzle. Puzzle, que je n’arrive pas à compléter, puzzle sans doute pas si clair que ça, peut-être même pas clair dans la tête de ses auteurs, mais puzzle dont les quelques pièces que j’arrive à cerner m’excitent suffisamment pour me laisser un jugement favorable.
Marre de ce cinema moyen qui ne prend aucun risque pour conserver sa place dans le provincialisme héxagonal.
Je n'ai par ailleurs rien contre les approches conceptuelles, mais j'aime ce qui est incarné, c'est à dire la peau des choses et leur surface. Si l'on s'arrête à une intention, mieux vaut ne pas faire de films.
Klotz ne filme pas, enregistre encore moins un état du monde, il pose (tout le contraire de Jia Zhang-Ke, en somme). Dans l’écran, on ne voit que lui, cadré, déroulant son programme méticuleusement, tout en feignant de le faire (cf. cette propension ennuyeuse à sortir du cadre, comme lors de ces apartés sans consistance, telles la confuse séquence de rave pour cadres dépressifs ou les nombreuses scènes je-t’aime-je-t’aime-plus entre Amalric et sa petite amie – dont j’ai oublié le nom, qu’elle me pardonne). Klotz veut dire, veut trop dire même, oubliant qu’au cinéma ce sont avant tout les images qui crient pas celui qui les com-pose.
Chez Klotz la croyance se niche davantage dans une conception a priori de l’image que dans l’image elle-même - réceptacle ici d’une pensée ayant déjà eu, littéralement, lieu. Le film nous a été présenté comme une « expérience sensorielle », ce qu’il n’est évidemment pas : pour que les sens soient mis en éveil, encore faut-il que le sens sache s’absenter.
Quant au raccourci fallacieux à l’œuvre dans le film entre la machinerie de l’entreprise et celle du système nazi, outre qu’il enfonce avec un gros marteau le clou gauchiste que le livre de François Emmanuel s’évertuait à éviter, il s’inscrit surtout dans un certain discours en vigueur pitoyable, pétris d’amalgames polémiques, au nom de valeurs démocratiques.
Comme dit mon voisin l'excellent Pierre Buraglio, peintre qui fut de Support(s)-Surface(s), il faut tuer l'idée (plastique) dans la réalisation de l'oeuvre. Pierre Buraglio, je lui donne ma procuration de vote quand je pars en voyage. Une communauté de voisinage, en somme.
PS: pas vu les films de Klotz.
Ps: Dans autre genre "le cinéma de branleur en chambre" les films de C.Honoré et Q.Tarantino se posent là !
Je n'ai qu'un mot à vous dire : "habile" ! Car au moment où j'allais publier ma réponse, vous l'invalidez en pointant du doigt cette "communauté de voisinage" que semble générer ce blog. Je m'apprêtais précisément à stigmatiser l'endogamie qui règne au sein du petit milieu du cinéma français, cette collusion à laquelle mon ami Joachim ne semble pas croire et qui est pourtant bien une réalité
Par ailleurs, Slothorp dit toujours des choses intéressantes, comme l'ensemble des contributeurs de ce blog. Ce name-dropping aurait sans doute de l'intérêt s'il était avéré. Mais on vous laissera spéculer (j'ai moi-même depuis bien longtemps renoncer à tracer les IP). D'autre part, l'url ne s'affiche pas automatiquement avec les commentaires. Elle est entrée manuellement par les contributeurs. J'ai du effacer la vôtre qui curieusement menait à ma boîte mail. Avouez que c'était assez désagréable.
Joachim,
Désolée pour cette volée de bois vert. Je pensais être seule sur ce coup là, convaincue du consensus autour du film (sortie le 12 sept 2007) et c'est toi qui te retrouves à la mauvaise place.
Je répondrai ce soir plus longuement car j'ai RDV avec le plus grand cinéaste du monde, un jeune monsieur de 99 ans du nom de Manoel de Oliveira. Pour ceux que ça intéresse, c'est à 19h au centre Gulbenkian, Paris 8.
M. Larollière aurait un blog et posterait depuis la médiathèque intercommunale ?! Il se passe des choses qui dépassent mes faibles capacités neuronales du moment !
Pour clore le chapitre sur Nicolas Klotz (et en tâchant de ne pas reprendre les propos très pertinents de Slothorp et FF), son cinéma relève pour moi de la fausse urgence, dans sa volonté de brasser toutes les problématiques de l'époque à la va comme je te pousse. Et de s'engouffrer dans les pires amalgames, sans même tâcher de "déconstruire". Par ailleurs, on voit toutes les coutures de ses plans que n'habite aucune présence. Je sauve tout de même le génial Lonsdale, en plus de Castel, acteurs qui ont un tel charisme qu'il n'y a plus rien d'autre à faire que de s'asseoir et de regarder.
Monsieur Orphée, je ne tiens pas de blog, je ne sais pas ce que c'est et je ne suis pas le fils de Louis Seguin. Je ne connais rien aux filatures.
Monsieur P/Z, merci pour vos conseils de branleur. J'irai voir les films de Christian Honoré et Tarantino pour comparer avec ceux de Claude Klotz dès que je les aurai vus (les films).
PS: je croyais que l'URL était un examen médical.
Becoming more and more human in the same within the same
Son talent de réalisateur devrait être plus reconnu...personnellement son nouveau film fait figure de chef d'oeuvre et m'a donné envie de filmer...ce qui n'est pas mince...au dela d'un voyage sur les limites de la perception, des questions essentiels de cinéma : le regard, fabrication d'une image...le montage....
Personnalité généreuse, croisée souvent dans les lieux les plus improbables, venant aux projections de jeunes cinéastes, prêt à donner des coups de main...
Mon admiration pour Lou Castel a commencé avec "La Naissance de L'Amour" de Philippe Garrel que je tiens pour l'un des plus beaux films français des années 90. Et puis je l'ai vu dans "Prenez garde à la sainte putain" de Fassbinder. J'ai exploré sa filmographie à rebours, en somme. Une figure discrète mais essentielle du cinéma européen, croisée dans l'anonymat des salles obscures à de nombreuses reprises. Mais je n'ai jamais osé l'aborder. Il m'impressionne. Pourtant, il y aurait un beau portrait à lui consacrer. Sa présence énigmatique mais immédiate à l'écran, son phrasé si particulier. Et puis ce paradoxe encore : il est aristocratique tout étant populaire. Effectivement, il est proche de la "nouvelle vague" de cinéastes français (on l'a vu dans L'Etoile violette d'Axelle Ropert) et la disponibilité que tu évoques ne m'étonne guère.
P/Z versus Larollière (alias Allo win, Oliver Twist et Nicolas),
4-2 dans le premier set. Avertissement à P/Z, éternel agent provocateur du web. Le dernier Tarantino est génial. Tu mets dans le mille : il s'agit bien d'un film de branleur, très masturbatoire justement.
N'hésite pas à aller à sa rencontre, c'est l'une des personnes les plus charmante et abordable que je connaisse...
Je constate aussi sur certain blog la pratique de la calomnie et de la dénonciation..assez effrayant comme mentalité
J'ai pas trop compris aussi le coup de l'url qui mène directement à une boîte mel comment est-ce possible ?
A l'occasion, on pourra en reparler...
Je me souviens aussi de myasm
Je me demandais hier en lisant cette déferlante de mots violents si cétait l'anonymat, les pseudos qui l'expliquait.
Comme un manque de respect facilité par ce monde virtuel.
Puisque j'y suis je voudrais aussi dire que même si je ne suis pas forcément d'accord avec Joachim, son blog me plaît car il se dégage de ses écrits et ses photos une poésie et une authenticité.
J'ai été gênée de ce qui m'est apparu être plus qu'une volée de bois vert.
sans vouloir vous lancer la perche, il serait passionnant que vous nous en disiez davantage sur le Tarantino, ce "film de branleur, très masturbatoire" qui me semble être emblématique de ce passage capital entre le méta et le bêta-cinéma.
On ne peut pas « tuer » un film. On peut tout au plus en parler, écrire à son propos ou en fabriquer d’autres, avec ou sans support filmique. On ne peut pas « tuer » un film car un film est mort avant que d’être vu – ou alors relisons pieusement Bergson, Bazin et Deleuze sur la question de l’enregistrement. Cela dit, les films se soutiennent de la parole et leur registre ment. Ce qui compte : qui dit quoi quand des gens succèdent à d’autres, que font les nouveaux arrivants de celles et ceux qui restent, comment accommodent-ils leurs « restes » quand ils les dévorent, les « tuent » ou les baisent ? Le sésame de cette question pourrait être une phrase de Louis Skorecki : « Tu comprends ça, Burdeau ? ». Disons que les « Cahiers du cinéma » ont cessé d’être les contemporains de la psychanalyse.
Je crois (j'en suis même certain) que vos références ne soient pas celles de P/Z.
A part ça, savez vous enfin nager ?
En deux albums fondateurs, « Homework » (1996) et « Discovery » (2001), les Daft Punk ont établi le cahier des charges de la techno d’aujourd’hui : à la fois pointue, grand public et, surtout, ouverte d’esprit. Depuis eux, le mauvais goût n’est plus banni, la régression est assumée. »
Lu dans Directsoir, 14 juin 2007 (sans signature)
L'enuie avec certains c'est qu'il faut leur macher le travail.
C'est peut être d'ailleurs pour ça qu'ils aiment bien le dernier Honoré ou Tarantino avec leurs enseignes lumineuses qui clignotent comme à la foire du trone : Demy, nouvelle vague pour l'un ; série B pour l'autre. Au moins on n'est pas perdue, fait grand jour dans la salle obscure.