04/6/2006 Fin de palais


Le 59ème Festival de Cannes s’achève et avec lui, une certaine idée du cinéma. Car s’il n’a pas brillé par une sélection très marquante, l’événement cinématographique a néanmoins entamé sa mue. Aspect prégnant cette année, le questionnement et le renouvellement des formes. L’ouverture aux images contemporaines, tant désirée dans un contexte conservateur, est en train de s’esquisser. Certes, timidement dans une compétition officielle où l’on trouvait quelques ovnis, comme L’Ami de la Famille de Sorrentino ou Southland Tales de Richard Kelly, tous deux absents du palmarès. On regrette que les membres du jury n’aient pas suivi et se soient cramponnés à une cinématographie classique qui a fait long feu. En distribuant paresseusement des prix d’interprétation à l’ensemble de la distribution de Indigènes et de Volver, le jury a choisi la facilité et le consensus. Ce qui fâche, là-dedans, c’est un nivellement par le bas qui verrait toutes les prestations se valoir. Loin de les servir, ces prix reflètent ironiquement la proposition toute en aplats de films rebelles à l’innovation. A la collégialité des prix répond - ce n’est pas un hasard - des films où le collectif fait retour. Structures chorales, destinées individuelles fondues dans un grand tout filmique (Babel, Selon Charlie, La Raison du plus faible, Indigènes, Volver etc..) et dramaturgique, la communauté occupe le haut de l’affiche.

Comment se penser à l’aune du collectif et dans un flux (mondialisation, pop culture) décalant ? Visions messianiques, guerres et fin de civilisation, telles furent les réponses. Jamais la béance n’avait trouvé expression plus évidente à l’écran ! Les propositions filmiques ne se situent dorénavant plus du côté du repli sécuritaire, mais dans une forme implosive. L’humanité à la question, c’est tout un système de représentations qui vacille. Cette même humanité qui avait donné son titre au film de Bruno Dumont, lequel renoue là avec un Grand Prix du Jury, et signe le plus beau film de sa carrière. Car Flandres est la conjonction idéale du propos et de la forme renouvelée, au même titre que En avant Jeunesse de Pedro Costa, ses plans tableaux, trous noirs qui vous aspirent tout en distillant leur insatiable vitalité.

Cinéma en état de guerre, à défaut d’être en état de grâce, c’est la consécration attendue du film de Loach, Le Vent se lève, un rapt émotionnel convenu pour artificiers du cinéma. On se désole du palmarès, d’autant plus que les corps, pour une fois, vibraient à l’unisson du contemporain. Certes, Shortbus de John Cameron Mitchell n’a pas connu les honneurs d’une compétition officielle, mais demeure l’une des propositions les plus audacieuses. De mémoire de festivalier, on n’avait jamais vu « CA » ! Qu’Andrea Arnold, avec Red Road, un premier film, se retrouve propulsée Prix du Jury n’est pas étranger à cette manière décomplexée de filmer le sexe au même plan que les sentiments. Histoire de deuil impossible, à la réalisation assez maîtrisée, Red Road pèche par son manque d’originalité, à l’instar d’un palmarès académique qui n’ose s’aventurer dans les chemins de traverse cinéphiliques qui s’offraient pourtant à lui. Sans surprise, le mexicain Gonzalez Inarritu rafle, avec un Almodovar piqué à vif, respectivement le prix de la mise en scène et du scénario.

On se prend à rêver. Et si le 59è Festival de Cannes, en les honorant, avait paradoxalement entériné la fin de règne des auteurs et signé l’avènement d’un cinéma hybride ? Et de songer au dernier plan de l’injustement boudé Marie-Antoinette, une nature morte saisissante dans laquelle on entrevoit, chambre dévastée, la métaphore d’une forme classique sens dessus dessous. Le cinéma est mort, vive le cinéma !


30/5/2006 - 59 Palms


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30/5/2006 L'armée des ombres

Sitôt la conférence de presse des lauréats achevée, le palais est plongé dans l'obscurité. Clap de fin.


28/5/2006 Palme d'Or - Le petit vent de Ken Loach

 
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28/5/2006 Grand Prix - Flandres


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28/5/2006 Prix du scénario - Volver


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28/5/2006 Prix de la mise en scène : Babel


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28/5/2006 Prix du jury - Red Road

Andrea Arnold remporte le prix du jury avec son premier film, Red Road.

Premier film intimiste, Red Road a été produit dans le cadre du concept Advance Party, selon le principe duquel trois réalisateurs développent, à partir des mêmes personnages, des scénarii différents. Exercice de style avec un territoire bien défini : l'Ecosse. La réalisatrice Andrea Arnold ouvre la marche, en s'attachant à la trajectoire en ligne brisée de Jackie (Kate Dickie), une opératrice pour une société de vidéosurveillance. Observatrice privilégiée de la vie des autres, l'héroïne solitaire trouve dans les écrans, la métaphore de sa vie fragmentée. Jusqu'au jour où son œil expert se focalise sur la silhouette d'un homme qu'elle aurait souhaité ne plus jamais revoir.

La première partie du film laisse augurer un thriller qui aurait pour objet un dispositif de surveillance, à la manière de Caché de Michael Haneke. Il n'en est rien. Avec acuité et sensibilité, le long métrage glisse progressivement dans l'étude de relations interpersonnelles ambiguës, s'engouffre dans les béances pour y chercher un secret, esquissé par touches impressionnistes et qui se donne dans un final bouleversant. Qu'est-ce qui lie la jeune femme à cet ex-taulard rustre qui zone avec ses potes d'infortune dans les bars lépreux, au pied des tours froides, balayées par le vent ? Quelle tragédie réunit ces personnages socialement opposés, lesquels n'auraient jamais du se rencontrer ? Andrea Arnold ne cède pas aux facilités d'une mise en scène explicative. Pas de recours aux flashes back : le drame se joue au présent, comme une douleur lancinante. Récit d'un deuil impossible, Red Road porte dans tous ses plans très physiques, la souffrance des héros ravagés.

Jackie a perdu sa petite fille et son mari dans des circonstances obscures. Elle prend en filature leur meurtrier, le séduit, découvre un plaisir violent et paradoxal dans ses bras, tente de le perdre, avant de se réconcilier avec un présent jusqu'alors sclérosé. Le film vaut entièrement pour la relation trouble qui se noue entre les deux héros blessés, et le territoire dépressif qui sert de décor à un récit de reconstruction pas très original, mais bien emmené.

 

28/5/2006 Caméra d'Or

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28/5/2006 Un jury unanime

 
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Notes  1 - 10 /44