08/7/2006 Rencontre avec Dario Argento
Il a transformé un pensionnat de jeunes filles en notre pire cauchemar, sondé les abîmes de la création, fait de ses héroïnes les figures ambivalentes du fantasme et de la monstruosité, tout en cultivant un goût obsessionnel pour l’animalité et la transgression.
Dario Argento, invité dans le cadre du Festival Paris Cinéma, s'est prêté avec générosité et humour à un débat animé par le critique Jean-Baptiste Thoret, à l’origine d'un ouvrage de référence sur le maître du giallo.
L’auteur présentait son film Jenifer, réalisé pour la série télé Masters of Horror, une commande de la chaîne Showtime. L’occasion de revenir, avec force anecdotes (Argento est un raconteur d’histoires hors pair) sur une carrière exceptionnelle laquelle a vu, notamment, des collaborations régulières avec George A. Romero, autre personnalité prestigieuse au générique de ce singulier projet sériel qui compte treize épisodes de qualité inégale.
Pour la première fois de sa carrière sulfureuse, Dario Argento adapte une bande dessinée. Séduit par l’expérience, il n’exclut pas de la réitérer. Sorti de l’imaginaire de Bernie Wrightson, dans une collection présentée par Bruce Jones, Jenifer déborde son cadre narratif originel, au profit d’une sexualité et d’une violence décuplées à l’écran.
Dans certains pays où il sera exploité, le film fera, en conséquence, les frais de la censure ! Malgré les contraintes de production classiques inhérentes au media télévisuel, le réalisateur reconnaît avoir bénéficié de toute la latitude nécessaire lui permettant de reconduire son style et son univers baroque pour le petit écran.
Je lui ai d’ailleurs demandé s’il avait repensé son cinéma à l’aune du média télévisuel, ce à quoi l’auteur m’a répondu n’avoir rien concédé. D’ailleurs, il ne supporte pas de voir ses films diffusés à la télévision. "Argento de la plus belle eau", Jenifer, en effet, n’a rien du téléfilm.
Depuis bien longtemps, l’inventeur de chimères n’avait donné d’aussi bonnes nouvelles de son cinéma. Après le four retentissant du Fantôme de L’Opéra (dénaturé par l’amputation de nombreuses séquences), Dario Argento confie avoir traversé une période de dépression.
Autre projet avorté, le film qu’il devait réaliser avec sa fille Asia, pour la troisième fois sous sa direction. En ouvrant le journal, le réalisateur y a découvert la photo de son producteur menotté, impliqué dans une affaire de drogue. L’homme s’est défendu mollement en arguant que la poudre lui servait à saupoudrer ses pâtes. Il faut croire qu’il n’a pas réussi à convaincre les représentants de la loi qui ne partageaient pas ses vues culinaires !
Dario Argento a d’ores et déjà réalisé un autre opus, intitulé Pelts, pour la deuxième saison de Masters of Horror, où l’on retrouve également John Carpenter. Pelts semble s’inscrire dans la veine de ses premières réalisations, dans lesquelles les animaux constituent un motif récurrent.
Ancien critique de cinéma dans les années 60, Argento a la dent dure sur le cinéma de genre. A mi-mots, il en déplore l’affaissement créatif, même s’il reconnaît que la production asiatique contemporaine a contribué à le réactualiser. Volontiers sarcastique, il réduit ces propositions à des récits immuables de fantômes.
Mythe bien incarné, quant à lui, Dario Argento nous promet encore bien des songes étranges.








Commentaires
Votre remarque m'amuse beaucoup, mais le cinéma de genre n'est pas réservé aux garçons ! J'ai acheté récemment le coffret Fulci, me plonge dans l'oeuvre de Freda. Cependant, je constate que mes intérêts m'amènent essentiellement à fréquenter des garçons, il est vrai.
Simon,
Réjouissez-vous : Asia Argento vit maintenant à Paris ! Vous la croiserez peut-être à l'opéra ?
JG, Carlito,
Cassandres que vous faîtes !
Il faudrait vous mettre à Cottafavi.
D'où le quiproquo, cher Ludovic. Je pensais que vous exprimiez une vue, certes, mais de l'esprit.
Et pour achever de contextualiser la chose, la question que j'ai posée à Argento s'inscrivait dans le cadre du débat qui a suivi avec le public.
Tlön,
Cottafavi ? Hercule à la Conquête de l'Atlantide, Messaline, et le meilleur pour la fin, La Vengeance d'Hercule !!! You mean it ou le chianti te sera monté tout droit à la tête ?
Ludovic,
Quels films de Jess Franco me conseillez-vous ?
Bien à vous.
Voilà pour quelques conseils, chére Sandrine.
Vos commentaires me font toujours hurler de rire mais n'y voyez aucun encouragement...
Cher Luc M.,
Dans votre film, il s'agit de Vittorio Cottavi et non de Cottafavi ! Ca tombe bien, je suis amatrice de peplum et accepterai volontiers de partager mon siège avec l'ami Tlön.
(PS : j'ai malheureusement raté la diffusion du film sur Arte cette semaine - Si quelqu'un l'a enregistré ?)
Ludo au carré,
Merci à vous deux pour ces pistes. L'été sera bis(fully yours) !
http://imdb.com/title/tt0098341/
Sur Franco, j'aime assez ses films gothiques des années 60/65. Plusieurs ont été sortis par Mad Movies et valent le coup d'oeil. Orlof bien sûr.
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2915083118/402-9354802-9588955...edité justement par Jean Baptiste Thoret
Egalement surveille les projections Bis de la cinémathèque, c'est là que j'ai decouvert la plupart des films de Franco...JF Rauger semble assez fan
ça sonne occupé!
Philippe, tu ne serais pas, par hasard, le Philippe de l'est, de l'étrange festival, bref, le fan fou de Jess Franco (cet infantiguable auteur de navets) et de Miike, que j'ai perdu de vue après une ou deux séances de cinéma-bis aux Grands Boulevards ?...
Texte intéressant bien qu'un peu réducteur...
Je voulais juste ajouter qu'il est prévu depuis peu que sa fille Asia tienne un rôle important dans son futur film LA MERE DES LARMES (troisième opus qui arrive aprés SUSPIRIA et INFERNO) ainsi que son ex-compagne et mère d'Asia; Daria Nicolodi...
Et aussi que le thème des animaux à toujours été trés important chez Argento et pas seulement dans les premiers films ("Pelts semble s’inscrire dans la veine de ses premières réalisations, dans lesquelles les animaux constituent un motif récurrent.") par exemple le singe de Phénoména ou encore beaucoup plus récemment la chanson du Sang des innocents; entre autres.
Désolé de prendre ainsi parti mais Dario est quand même ce qu'il s'est fait de mieux en europe dans le genre...
Fan de Dario, j'ai écrit un roman ANALOGIE aux éditions Azimuts, qui vient de sortir. C'est un giallo dans lequel je rend un petit hommage à l'oeuvre du maître.
http://www.azimuts.be/pages/page_18pag.htm
J'aime beaucoup sa trilogie animalière dans les années 70, par la suite, il s'est un peu épuisé dans des films formellement intéressants mais assez creux.