"Je suis un mec qui est en train de s'arrêter de tourner (...). Un mec qui s'en va". Gérard Depardieu

A chaque famille, son rejeton dégénéré, sujet de honte et d’opprobre mais qu’on invite encore pour sauver les apparences, en priant pour qu’il ne s’effondre pas ivre mort pendant les discours officiels.
Gérard Depardieu occupe dorénavant ce rôle (le plus ingrat de sa carrière) au sein de « la grande famille du cinéma » et, par ricochets, aux yeux du public.
Pochetron notoire, fauteur de trouble, cachetonneur cynique, père de famille conspué par sa propre progéniture, rien ne manque au tableau qui n’écorne l’image de l’acteur français le plus connu au monde. Et Depardieu ne le sait que trop. Mû par la rage dévastatrice qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre, il en rajoute même.
Interprétant « Gégé », Depardieu surjoue. Qui du personnage ou de l’homme s’offre à nous, pathétique ? Un tragique glissement s’est opéré.
On oublie sans doute : Depardieu fut beau. Magnifique même. On oublie trop : Depardieu est une voix, aux accents plaintifs, avant ce corps grotesque, à la dimension burlesque d’ailleurs trop peu exploitée. Un bloc brut d’émotion, vampirisé progressivement par la mise en scène de son existence excessive, dont il se fait le commentateur le plus lucide.
« Je suis un acteur qui s’en va ». Depardieu, en enregistrant le temps qui passe, n’a jamais été aussi en phase avec le cinéma. Du temps a passé, en effet, depuis ses plus beaux films. La grâce s’est évanouie, avec les ans. Quant au retour en grâce ? Il reste, par là même, bien improbable.
« S’arrêter » ou disparaître, quand on est acteur, est un art.