31/10/2007 Quizz interdit saison 3 - N°1
Bonjour,
Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.
A bientôt sur Contrechamp Media
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Le ciné-club de Contrechamp, c'est parti ! RDV ce vendredi 19 octobre 2007 à 20h30, au studio des Ursulines.
Vanishing Point de Richard C. Sarafian, comme vous le savez, fait l'ouverture. Hymne libertaire datant de 1971, le film signe la fin des utopies dans une Amérique hippie.
La séance sera suivie d'un débat mené conjointement avec Jérôme Momcilovic, critique de cinéma à Chronic'Art.
Vous aurez la possibilité le lendemain de poursuivre, ici même sur ce blog, les discussions. De plus, des podcast de la soirée seront disponibles. Un ciné-club web 2.0 ? Absolument.
Photogramme : une jolie blonde à moto, très libre de ses mouvements dans Vanishing Point (Point Limite Zéro).
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Voici des semaines que j’épie mes voisins. Tout a commencé un soir d’été. Fenêtre entrebaîllée, mon appartement bruissait des rumeurs du dehors. Echos lointains des klaxons, nappes brumeuses de conversations noyées dans la ville organique : telle est ma captivante et ordinaire bande son urbaine. Présence amicale, elle monte jusqu’à moi depuis mon balcon. J’habite sur cour, une résidence très calme. La ville palpitait ainsi au loin, tandis que la nuit tombait. Je déambulais dans la pénombre de mon studio quand je les ai vus par la fenêtre. Un couple et deux enfants, à table. Scène de la vie quotidienne, me dis-je. De leurs conversations, j’ignorerai tout au fil des jours où j’ai pris l’habitude de les espionner. Sous mes yeux, un film muet, mais en couleurs, se déroule inlassablement. Je suis prise par son flux.
Pourquoi "eux" qui n’ont à offrir que le scénario banal de leur vie familiale ? J’avais l’intuition que quelque chose clochait sous le vernis matrimonial. Sur la base de ce sentiment ténu, je me suis postée jour après jour devant ma fenêtre. C’est devenu un rituel vampirique. La dolente ritournelle urbaine a progressivement pris des accents criards et mystérieux. Il se tramait une intrigue que je me devais de découvrir.
J’ai renoncé à toute vie sociale pour les observer. Le matin, je me lève en même temps qu’eux pour assister au petit déjeuner. A table, le mari en cravate lit généralement son journal, tandis que la mère bouscule sa progéniture, probablement en retard pour aller à l’école. Ils ont un bon niveau de vie. L’appartement est spacieux. Je n’en vois que la cuisine, le salon et le couloir qui doit mener aux chambres à coucher.
Je ne saurais dire à quel moment l’histoire a basculé qui a dénaturé le cliché. Un geste m’avait pourtant mise sur la voie : ce baiser donné sans passion et à la hâte à l’époux qui partait travailler. Pressée de se débarrasser de son conjoint, m’étais-je dit. Ce jour là, elle est restée seule à l’appartement. Quelques instants plus tard, un homme s’est encadré dans la porte d’entrée. Elle l’a entraîné, vêtue d’un léger peignoir, jusqu’au salon. L’inconnu qui semblait très déterminé a ôté sa veste. Il a voulu l’embrasser. Elle l’a repoussé tout en entreprenant néanmoins de le déshabiller. Devais-je continuer à regarder, moi qui voyais là l’aboutissement souverain de mes spéculations ? La femme a un amant. C’est aussi simple que cela. Mais pourquoi sortait-il des billets de sa poche ? Le peignoir de la maîtresse de maison a alors fondu sur ses épaules nues, révélant une guêpière noire. S’en est suivie une inconcevable séance de domination avec…son client. J’ai continué à regarder.
Voici le type de saynète à laquelle convie Voyeur, la remarquable série multimédia imaginée par HBO. Soucieuse de redorer son blason créatif, en perte de vitesse à cause de l’arrêt récent de ses séries phares, le studio a lancé son Voyeur Project en juin dernier. Développé par une partie de l’équipe des Sopranos, le projet se fait sous la conduite du clipeur Jake Scott (fils de Ridley).
Le dispositif est limpide : des fenêtres, une paire de jumelles, des immeubles de New York, une bande son entre musique concrète et compositions signées notamment par Clint Mansell. Un clic et nous voici témoins de scènes de vie observées en toute clandestinité. Revient au spectateur voyeur de tramer son récit, avec cette certitude que quelque chose de secret se dérobe au visible. Sur les forums, les hypothèses vont bon train. Je n’ai pas échappé au délire spéculaire, scénarisant la vie d’inconnus, devenus si familiers.
A chaque nouvelle adresse, une histoire différente qui se déplie sous forme de séquences filmées, interprétées par des acteurs. La progression chronologique est aléatoire, en fonction des updates. Les contenus augmentent chaque jour, tandis que fleurissent de nouveaux décors, comme autant de récits à investir. Evidemment, la référence majeure est Fenêtre sur cour d’Hitchcock dont le cinéma se nourrit à la pulsion scopique. Le dispositif est conçu pour le web, même si des développements pour les écrans mobiles, la VOD et la télévision ont été annoncés.
L’initiative ne manque pas d’intérêt et signe un tournant dans l’économie et l’esthétique des séries. L’espace domestique se modifie, qui jusqu’à présent était pensé en miroir avec les programmes. Car ce qu’il y a de passionnant avec le projet Voyeur, c’est qu’il intègre le dehors. Nous ne sommes plus dans le salon, mais à l’extérieur. Jusqu’alors la sitcom (et ses hybrides) prenaient en compte l’espace privé, lieu de réception privilégié où trônait l’écran de télévision. La fenêtre de l’ordinateur modifie tous ces paramètres. Remisez vos vieux postes de télévision : le médium est mort.
HBO Voyeur : http://www.hbovoyeur.com/