26/2/2006 Belle infidèle (j'ai la mémoire qui flanche)



Belle infidèle, la mémoire de cinéma multiplie les trahisons. Simulacre opératoire que le 7è Art et ses plans rêvés que recrée l’esprit, enclin à une invariable mécanique combinatoire : associations d’idées, enchaînements, élisions. Le regard opère son propre montage, ajoute ou retranche, selon une mathématique aléatoire. Entre l’objectivisme de la narration et le subjectivisme du regard, un écart où s’élaborent nos fantasmes de cinéma.
A la duplicité de l’image répondent nos propres mensonges, lesquels, au final, touchent au cœur secret de la représentation.
Que nos souvenirs soient imprécis, au fond, n’est pas un problème. Car leur fausseté même rapproche de la vérité du film.
Revoyant récemment quelques classiques, je m’insurgeais : telle séquence avait disparu, la fin en avait été modifiée (aléas du director’s cut ?). Pour me rendre compte que ces mêmes séquences intervenaient ou plus tôt, ou plus tard dans la fiction. Ou même, n’existaient pas du tout. Caprices de la re-création, montage et démontage, sautes, ratures : mon agencement intime du film se heurte à la narration objective.
Pour autant, loin de le dénaturer, la zone indécise où se place mon regard me restitue le film dans ses arcanes les plus secrètes. Equation que résout la mémoire : la démonstration est fausse mais le résultat est correct : le héros tombe bien amoureux à la fin, le contrat est scellé, la mort est là, au bout du plan. La perception se corrèle à une sorte d’instinct du plan, d’intuition souveraine qui déborde la structure filmique et qui permet d’embrasser la multiplicité des signes.
Ici, se mesure la toute puissance du médium cinématographique, dont la faculté de suggestion excède ce qui est donné à voir. Des effusions de sang dans Massacre à la Tronçonneuse ? La seule hémorragie que je devais observer, à la deuxième vision, était celle de ma mémoire. En voyant des geysers de sang, là où ils n’étaient pas, je mettais pourtant dans le mille, touchant à la violence symbolique du film.
Béances par lesquelles s’engouffrent les signes et les présences. Un film est un bout de mémoire que l’on croit tenir mais qui échappe continuellement. Art de l’oubli que le cinéma qui nous affecte -c’est là, le paradoxe- pourtant perpétuellement de mémoire.

Crédits : Immemory de Chris Marker.

20/2/2006 Jean-Louis Costes. Interview en sous-sol

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19/2/2006 Tout vrai regard est un désir

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15/2/2006 Pépé d'Arménie



Faisons taire immédiatement les mauvaises langues. Jean-Louis Costes, acteur, performeur, metteur en scène et compositeur est dorénavant un écrivain sur qui compter. Figure clé de la scène underground française, Costes avait déjà prouvé ses talents, à travers une série d’articles incisifs.
Avec Grand-Père, une biographie romancée dédiée à son aïeul arménien, le mélancolique trublion entre dans le sanctuaire des Lettres… pour y semer un bordel monstrueux !
A la fois récit picaresque, traversé de visions dantesques, Grand-Père signe une vraie appétence littéraire. Force est de constater que le boulimique touche-à-tout affiche la même polyvalence dans l’écriture que sur scène.
Imaginant l’existence opaque de Garnick Sarkissian, « pogromeur pogromé », rescapé de toutes les guerres mais broyé par l’Etat français, Costes, le petit-fils meurtri, s’essaie avec bonheur, et dans un vivifiant maelström littéraire, à tous les genres.
De purs moments de comédie alternent avec des descriptions infernales de massacres et de viols. C’est trash, c’est cru, mais on en redemande, car, en transparence, se dessine une autre biographie secrète : celle tourmentée d’un artiste, tributaire de sa généalogie, laquelle lui a inoculé son mal atavique.
Figure idéalisée (l’imaginatif enfant associe son grand-père à Omar Sharif dans Lawrence d’Arabie), craint et révéré, "bon-papa-qui-pique" (c’est ainsi qu’il l’appelle) apparaît tour à tour comme un héros ou un salaud, cosaque rutilant ou clodo, sanguinaire légionnaire, bagnard, alcoolo collabo, battant comme plâtre sa femme, entre deux diffusions télévisuelles du tiercé.
Ambivalence affective qui rejoint les contradictions de l’Histoire. C’est là le tour de force de ce bouquin corrosif : réaliser la fusion de l’intime avec l’épopée débridée. Et partant, de mettre en perspective les grands événements meurtriers du siècle. Costes, en moraliste cynique, assène au passage quelques vérités politiques bien senties sur le contemporain. Le livre arrive à point nommé dans le délire mémoriel du moment, où l’on statue encore sur le rôle positif de la colonisation, quand Costes ironise sur le soldat fonctionnaire, à qui l’on promet la nationalité française contre ses tripes.
Qui a assisté aux performances de l’artiste reconnaîtra à coup sûr, dans son écriture, la même transe conjuratoire qui le saisit et l’emporte toujours plus loin dans la représentation. Un peu trop loin d’ailleurs. Un moment, on se dit même qu’il ne va jamais en revenir, qu’il est en train de se perdre dans ses évocations fantasmatiques, complaisantes et répétitives. Mais le geste génocidaire est lui-même répétition et complaisance.
Et quand on croit l’avoir perdu, ce fil d’Ariane qui nous ramène à Jean-Louis Costes et à sa biographie souterraine, on le retrouve, dans un chapitre aussi fulgurant que bouleversant.
Costes, éreinté, se donne enfin et livre sur l’autel sacrificiel, ce qu’il n’a jamais cessé de mettre en scène : son corps nu, la saillance d’une colonne vertébrale qui porte les stigmates de la génération irradiée à laquelle il appartient :
"la courbe de mon dos est exactement celle du dos de Papi. Elle est exactement la courbe du dos du vieux singe. Exactement le dos de mes petits-enfants. Je leur transmettrai le pogrom par mes os comme on me l’a transmis. Les crimes de l’Histoire sont notre squelette. Construit sur une colonne vertébrale cassée, je suis foutu d’avance. Je crèverai pogromeur ou pogromé. La seule incertitude est la durée de la souffrance. En attendant la mort que je me donnerai, si personne ne me la donne. C’est parce que je suis une serpillière de chair saturée de charnier sur un squelette de grand-père que je peux deviner, simplement en fermant les yeux, toutes les péripéties de Papi. Je ferme les yeux et je vois son dos courbé, sa colonne vertébrale, chapelet de souffrances qu’il suffit d’égrener".
Costes parle de là, de cette zone intime - son corps de performeur - l’épine dorsale d’un projet littéraire abouti.


Grand-Père, Ed Fayard, sort ce mercredi 15 février 2006 dans toutes les librairies.

Soirée de lancement du livre au Point Ephémère à Paris, avec performance de l'artiste, concerts et DJs set (Sébastien Akchoté), le jeudi 16 février à 20h30.

Au cinéma, JL Costes apparaît dans Irréversible de G. Noé, Baise-moi de V. Despentes et C. Trin Thi et encore dans Nom de Code : Sacha, un court-métrage de Thierry Jousse (avec Noël Akchoté, Benoît Delbecq et Margot Abascal).

Interview prochainement disponible sur Contrechamp.

14/2/2006 Sur la corde rêve

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10/2/2006 Et vlog le navire !




Vlog : vidéo + blog = vloggers ou videobloggers. A nouvelles technologies, nouvelle typologie de blogueurs !
Intriguée par la proposition, je me rends ce jour à la Vlog Party où je suis invitée. L'organisateur (Jérôme de TVnomics) me tend un billet à l'entrée. C'est une ruche à l'intérieur. Je ne comprends rien aux consignes, hésite, entre. Pas de recours alcoolisé envisageable, le bar paraît inatteignable. Je ne connais rigoureusement personne et me fraye un passage difficile parmi la horde de mormons .
Une bonne âme m'explique qu'avec mon billet, je dois reconstituer une équipe, laquelle gagnera un lot, un outil multimédia dont le nom m'apparaît aussi obscur que la fonction. C'est un jeu. Je joue et commence à chercher les deux comparses qui ont le même billet que moi. J'aborde effrontément les hommes encravatés, ai l'impression de racoler. Certains sont ravis, pas moi qui regrette de ne pas être restée à la maison pour regarder les 2 derniers DVD du coffret Fulci. Pas dépaysée en même temps : ça devient franchement gore.
Au moment où je capitule, bonne pioche. Je trouve Christophe Ginistry, la crème des blogeurs, au bout de mon billet. Je ne croiserai jamais le 3è individu. Adieu joujou multimédia. Je décide de filer à l'anglaise mais ma progression est ralentie par la foule. Alors je me mets à parler le langage universel : celui des séries TV !
Et la soirée se met à couler doucement, avec son lot de sympathiques rencontres. C'est un exercice d'acclimatation en milieu hostile. Je ne verrai aucune création vidéo (j'avais imaginé la soirée comme un immense happening multimédia - c'est la grande braderie de Lille) mais je fais la connaissance de L. qui prépare un mémoire sur 24H Chrono, de Blaise, un garçon au poil et de Vinvin, la star des blogueurs, dont le site vient d'être élu meilleur blog de l'année (cependant une rumeur persistante court sur le net, selon laquelle il aurait triché).
On ne se quitte plus. Je me retrouve attablée dans un restaurant, façon Un Dimanche à la Campagne. Divagations apocalyptiques sur la pop culture. La soirée coule doucement.

09/2/2006 La beauté du geste

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09/2/2006 L'instinct de grâce

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08/2/2006 Leur emploi du temps

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