30/1/2006 Mort d'un chien enragé



Chris Penn, 1965-2006.

Ces derniers temps, Chris Penn avait beaucoup grossi. Mais ses prestations n’ont jamais manqué d’épaisseur. De Foley à Ferrara, en passant par Altman, l’acteur donnait à ses rôles toute l’ambivalence intrinsèque à sa personnalité hybride : un mélange détonnant de douceur, d’apathie rêveuse et de violence souterraine, laquelle, sans crier gare, vous explosait au visage.
Chris Penn, l’ambigu, réalisait le rêve de tout acteur : la synthèse parfaite de l’émotion et de la pulsion.

30/1/2006 Dieu est un service public

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30/1/2006 La stratégie de l'oubli

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27/1/2006 L'oeil, le monde

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25/1/2006 Mes choses secrètes

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20/1/2006 Le village

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20/1/2006 Profession de foi

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14/1/2006 Disparaître est un art (2è)



"Je suis un mec qui est en train de s'arrêter de tourner (...). Un mec qui s'en va". Gérard Depardieu

A chaque famille, son rejeton dégénéré, sujet de honte et d’opprobre mais qu’on invite encore pour sauver les apparences, en priant pour qu’il ne s’effondre pas ivre mort pendant les discours officiels.
Gérard Depardieu occupe dorénavant ce rôle (le plus ingrat de sa carrière) au sein de « la grande famille du cinéma » et, par ricochets, aux yeux du public.
Pochetron notoire, fauteur de trouble, cachetonneur cynique, père de famille conspué par sa propre progéniture, rien ne manque au tableau qui n’écorne l’image de l’acteur français le plus connu au monde. Et Depardieu ne le sait que trop. Mû par la rage dévastatrice qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre, il en rajoute même.
Interprétant « Gégé », Depardieu surjoue. Qui du personnage ou de l’homme s’offre à nous, pathétique ? Un tragique glissement s’est opéré.
On oublie sans doute : Depardieu fut beau. Magnifique même. On oublie trop : Depardieu est une voix, aux accents plaintifs, avant ce corps grotesque, à la dimension burlesque d’ailleurs trop peu exploitée. Un bloc brut d’émotion, vampirisé progressivement par la mise en scène de son existence excessive, dont il se fait le commentateur le plus lucide.
« Je suis un acteur qui s’en va ». Depardieu, en enregistrant le temps qui passe, n’a jamais été aussi en phase avec le cinéma. Du temps a passé, en effet, depuis ses plus beaux films. La grâce s’est évanouie, avec les ans. Quant au retour en grâce ? Il reste, par là même, bien improbable.
« S’arrêter » ou disparaître, quand on est acteur, est un art.

09/1/2006 Sommes-nous encore cinéphiles ?




Partant de la définition selon laquelle un cinéphile est quelqu’un qui va tout voir, je ne suis plus cinéphile. Et depuis un bon bout de temps déjà.
Si "critiquer", étymologiquement, veut dire "choisir", la cinéphilie, selon l’acception très généraliste que j’en donne, n’impose pas de choix.
Or, je m’observe, de plus en plus régulièrement, en situation de sélectionner mes objets, à me dire qu’il m’en coûte trop d’aller voir les Bronzés 3 ou même King Kong. Le voir a ses limites, indépassables depuis quelques temps pour moi.
J’ai toujours défini la cinéphilie (la mienne, du moins) par la passion, chevillée au corps, par laquelle seul le cinéma compte et prend le pas sur les rites sociaux et même les relations sentimentales. Cette passion qui vous fait faire 200 km pour voir un film (L’Enfance d’Ivan de Tarkovski), glisser sur une épaisse couche de verglas et pousser votre véhicule en plein hiver pour le remettre dans l’axe routier (Lost Highway de Lynch – quelle ironie !), différer vos vacances d’une journée pour ne pas rater un classique, coincé dans une obscure rétrospective (Le Désert rouge d’Antonioni). Aujourd’hui, la passion a fait place à un amour raisonné. C’était le sens de ma note précédente sur Bresson d’ailleurs, cette évidence douloureuse qui se révélait à moi d’un coup. Je suis comme l’amant désabusé qui boude son ardente maîtresse. Le cinéma a décidément un visage de femme.
Est-ce qu’en en déplorant la perte, je clame plus fort encore mon amour ? Historiquement, la cinéphilie a vécu jusqu’à la fin des années 60. N’en subsistent que de romantiques oripeaux, l’époque rêvée des ciné-clubs. Et Daney, comme ligne d’horizon, le ciné-fils mélancolique.
Voir, en parler, écrire. Selon Daney, la cinéphilie s’articule autour de ces trois polarités (je me répète). Un phénomène de l’après, revenue de tout et d’elle même que la cinéphilie : post moderne, post révolutionnaire.
Et moi, d’où je parle ? Certainement pas d’une cinéphilie d’emprunt, revendiquée par les vieillards précoces de la jeune garde critique, laquelle se réclame encore des Contrebandiers de Moonfleet, œuvre matricielle. Oui, mais celle d’un autre. Je ne peux pas ou ne peux plus parler d’ici.
J’ai abondamment évoqué, dans ses colonnes, le film par lequel je suis entrée en cinéma : The Ghost and Mrs Muir de Mankiewicz. Je disais qu’il m’avait rendu l’enfance et donné le cinéma, avec l’emphase qui fait peur à mon entourage parfois. Mais je me trompais. En revoyant le film, je n’avais pas réalisé, qu’au contraire, il avait oblitéré l’enfance. Ca n’était plus un souvenir flottant et idéal. Privée de cette idéalité, l’enfance n’a plus lieu d’être.
Que ce soit dans son inscription historique ou personnelle, la cinéphilie a avoir avec la perte.

Photogramme : spectateurs devant Psycho d'Hitchcock, emprunté au site Hors Champ. Lire aussi le texte d'André Habib sur le sujet.


04/1/2006 Passion

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Notes 1 - 10 / 11