22/12/2005 L'ordre naturel des choses



Marie-France Boyer et Jean-Claude Drouot dans Le Bonheur (1964) d'Agnès Varda.

Le bonheur, forcément, c’est en couleurs ! Pavane de jaunes pétants, épate de bleu, vertige de vermillons : l’œil, dans Le Bonheur, se fait pinceau et par touches impressionnistes dessine la cartographie d’une France des années 60, à l’orée de la modernité. Film naturaliste ? A l’inverse, un modèle de sophistication, influencé par les expériences esthétiques de Demy. Originale, la mise en scène épouse les sensations et affects de personnages aussi peu conventionnels que l’écriture cinématographique de Varda.
Un jeune menuisier, père de famille comblé, heureux en ménage, s’éprend d’une postière avec laquelle il engage une relation amoureuse déculpabilisée. Pour lui, le bonheur s’additionne. Aimer deux femmes revient, en somme, à être deux fois plus heureux. La postière l’accepte, puis l’épouse légitime. Mais l’automne, saison sur laquelle se referme ce film solaire, contrarie cette idéalité.
A la peinture, son avant-garde et au cinéma, Agnès Varda, libre, tellement libre qu’elle s’attire les foudres de la censure pour son oeuvre magnifiquement immorale. Mai 68 se profile et avec cet événement, une libération des mœurs encore loin d’être d’actualité dans la France de De Gaulle. Récit d’innocence perdue, Le Bonheur marque la fin d’une époque. Où les logements HLM remplacent progressivement les petits pavillons de banlieue, où la jeunesse a soif d’espoirs renouvelés. L’épouse et la maîtresse incarnent les deux polarités d’une France qui amorce sa mue.
Un homme aime deux femmes, sans duplicité. Idée simple, filmée de manière décomplexée. En 1964, Varda entame les bases d’une société conservatrice, attachée à ses modèles de référence. A revoir aujourd’hui le film, on devrait pouvoir mesurer l’écart qui le sépare de l’époque contemporaine. Il n’en est rien. Le Bonheur actualise le constat amer d’un pays qui a manqué sa révolution. C’était la grande leçon des Amants Réguliers, les paroles de Maurice Garrel à table : « ça n’arrive qu’une fois ». Varda ressort le film en DVD, en mars 2006, et on se dit que ce n’est pas par hasard.
Pavane de jaunes pétants. 41 années de pluie et Le Bonheur irradie.


14/12/2005 Autopsie d'un crime




Je vous propose de vous livrer, à votre tour, à une ludique analyse d'image, sur la base de mon approche coloriste.
Je vous confie l'expertise du 2è photogramme.
Un indice : les boutons translucides multifacettes de la robe de l'héroïne sont la réplique exacte du rideau de douche (on ne voit pas très bien sur le cliché).
Si besoin était de recontextualiser l'image : Heche parle avec le vendeur de voitures, pour procéder à l'échange de son véhicule. Hors champ, elle regarde le flic qui la surveille sur le bord de la route.
A vous de jouer...

12/12/2005 Psycho de GVS : un cauchemar en couleurs

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10/12/2005 To catch a thief - De Marion Crane à Marion Holland

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08/12/2005 You said, desperate ?



Desperate Housewives, saison 2 inédite.


L’artère principale, les pelouses verdoyantes, le salon cosy, le garage, autant de décors investis jusqu’à maintenant par la série Desperate Housewives. Ne manquait plus, à cette topographie domestique, que la cave, lieu du repli et du secret.
Dorénavant, la menace n’est plus extérieure, mais se love au sein même du home. Un monstre pourrait se tapir dans les soubassements. C’est le point de départ de la saison 2 inédite. Principe immuable de l’arène : de nouveaux personnages (une famille noire) arrivent et relancent la fiction. Ce canevas schématique n’entame cependant en rien la jubilatoire mécanique de la série. Le secret a ceci d’attrayant qu’on aime plus son mystère encore que sa résolution.


06/12/2005 Shadow of a vampire



Je n’imaginais pas rencontrer Abel Ferrara, créature de la pénombre, autrement que nuitamment.
L’obscurité recouvre Montreuil-sous-Bois depuis des heures maintenant, quand il apparaît, nimbé d’une lumière blafarde. Moment parfait, en complète adéquation avec ses œuvres nocturnes.
La ville, la nuit, son vampire. Beauté singulière de l’homme. Je suis frappée par la douceur ineffable qui émane de son être tout entier. Et par son visage livide surtout, que dévore un regard ténébreux. J’écoute d’une oreille distraite le dialogue qui s’engage entre le cinéaste et Bertrand Bonello.
Rien à faire : le halo du visage, ravagé par les excès (ses stigmates à lui), me happe. J’ai alors une curieuse sensation : ce n’est pas seulement une vie et son lot d’expériences limites qui traversent le corps d’Abel Ferrara, mais sa filmographie toute entière. Il est la somme de tous ses personnages, charismatique, ambigu, inquiétant et séduisant dans un même mouvement.
Dans l’énigmatique Mary, l’un de ses plus beaux films, Matthew Modine (remarquable déjà dans The Blackout) incarne un nouvel alter ego du cinéaste. Personnage en souffrance, forcément. Créer, c’est souffrir et Dieu nous a abandonnés. Film tout en ruptures, parcouru de réflexions théologiques, Mary oscille entre le sublime et l’outrancier. Non pas un film en plus sur la croyance et le rachat, mais bien une somme là encore, inscrite dans le prolongement de Snake Eyes.
Et puisque le génial réalisateur se confond décidément avec ses personnages, je garde de cette soirée une dernière image, hautement cinégénique. Au sortir de la salle de cinéma, Ferrara plante là son attaché de presse soufflé, dédaigne la voiture confortable qui s’offre à lui, pour disparaître par les rues, habitant de l’ombre, naturellement rendu à la nuit.

02/12/2005 Renouveler la critique

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