08/11/2005 Chaque solitude a son propre mystère




"L'amour est tout".
Gertrud de Carl Theodor Dreyer.
Permanence de l’héroïne romanesque. Gertrud incarne un absolu. Sa croyance en un amour incandescent, idéal, sans partage tient autant du matériel que du spirituel. L’amour, d’essence divine, s’accomplit dans une forme terrestre. Dans Ordet, le héros pleure sa défunte femme : « j’aimais aussi son corps » confie t-il, réconciliant chair et esprit, par-delà tout dogmatisme. Dans Gertrud, les dialogues, simplifiés, épurés, vont à l’essentiel. Forme narrative resserrée, laquelle vise à la description de la vie intérieure.
Le refus des préceptes attire à Dreyer bien des ennuis, lequel pense toujours initialement à la forme pour exprimer l’idée. On a reproché injustement à Gertrud sa mise en scène figée. « Il m’importait que les figures fussent statuaires pour m’approcher ainsi du style des tragédies » affirme le cinéaste danois, dans Réflexions sur mon Métier (Cahiers du Cinéma, Editions de l’Etoile). La tragédie de Gertrud, c’est que l’idéalité bute immanquablement contre le réel. L’amoureuse déçue, au terme de sa vie, caresse sa solitude.
A Dr No.


