Juliette and the Licks, en concert le 12 août 2005, à Berlin, au SO 36.
Il est toujours intéressant de voir comment un corps de cinéma se réinvente dans un autre espace, parvient à écrire une scénographie inédite pour le spectateur. A cet égard, il en faut peu à Juliette Lewis pour faire exister ce corps qu’elle met instinctivement en scène. De l’actrice, dont j’ignorais tout des activités musicales jusqu’à ma venue récente à Berlin, j’avais conservé une image précise, issue du mésestimé film de Katryn Bigelow,
Strange Days (1995). Une image glamour de jeune fille en rollers, tee-shirt moulant, genouillères et mini slip noir. Je me souvenais encore de scènes de concert déglinguées, où elle apparaissait, dans le rôle d’une chanteuse, sensuelle et ravagée.
Quand j’ai poussé la porte du club SO 36, cette image a fait brutalement retour. Juliette Lewis est apparue sur scène, conforme en tous points à mon souvenir de cinéma. Cintrée dans un tee-shirt noir sans manches, vêtue d’une simple culotte noire, bas résille et genouillères, elle arrive sur scène, prend la pose, affublée d’une extravagante perruque bleue qu’elle ne tarde pas à ôter : une folle crinière blonde se déverse alors sur ses frêles épaules. Curieux vecteur que celui de la mémoire qui me ramenait l’actrice au point exact où le film de Bigelow me l’avait laissé !
Juliette Lewis est naturellement sexy. Son jeu de scène énergique, sexuel obéit à ce même instinct qui la singularise au cinéma. S’ensuit un set embué d’une heure, entre rock californien et hommage explicite aux Stooges. « You’re speaking my language » s’époumone la belle, à la voix rauque et éraillée. Et il est bien un langage que parle admirablement Juliette Lewis : celui du corps, à défaut de compositions encore très marquantes.