22/4/2005 Austère Cannes

Ma photo de Jim Jarmusch (droit dans les yeux), Cannes 2003.
Quand je vais faire ma valise, dans moins de trois semaines, pour me rendre au Festival de Cannes, j'aurai le sentiment d'aller voir mes grands-parents. Du moins, une famille que je connais bien, avec ses rituels, son protocole empesé et surtout, ses figures charismatiques : Cronenberg, Gitaï, Haneke, Van Sant, Jarmusch, Wenders, HHH .... La politique des auteurs pratiquée avec application par les sélectionneurs !
Valeurs sûres, dit-on communément. C’est bien le hiatus ! Je veux être mise en danger, sortir du cadre, en explorer les limites. Ne pas me dire que « je suis en sécurité ici », tandis que je contemple les vignettes d’un album photo trop souvent repassé.
Je ne doute pas de la capacité des cinéastes à se renouveler. D’ailleurs, Gitaï l’a prouvé avec son très expérimental Terre Promise, film suffocant sur le corps prostitué. Mais je voudrais que le cinéma soit définitivement cet art de la friction, qu’il ose se colleter au réel, à de nouveaux régimes d’images. Parenthèse : le Festival Némo, dédié aux images nouvelles, a été une grande déception. Rien d’innovant là-dedans, au-delà du support -le multimédia- brandi haut et fort !
Plus que tout, je crains l’ennui, que la machine à rêves se dérègle pour ne me livrer que de lénifiants cauchemars filmés. Je n’aime pas la sagesse et les conventions. C’est pourquoi, j’ai été comblée par Un Nuage dans le Ciel, film de Tsaï Ming Liang, à sortir en septembre prochain. Encore un auteur me direz-vous ? Assurément ! Mais que cet auteur se pique de filmer une histoire d’amour sur fonds de pornographie, en reculant les limites de son propre système, force le respect. La bande se referme par le gros plan d’une femme pleurant, un sexe dans la bouche. L’histoire qui se noue entre l’homme et la femme emprunte des chemins peu conformistes. Un amour non conventionnel, en somme. Ce que le cinéma se devrait toujours d’être.


