28/1/2005 Not another teen movie

Bonjour,

Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.

A bientôt sur Contrechamp Media 

 

 


25/1/2005 Soleil noir



Depuis quand n’avait-on pas éprouvé une telle brûlure au cinéma ?

The Heart is deceitful above all things (Le Livre de Jérémie) relate une éducation «à l’envers». Un gosse, confié à une famille adoptive, est rendu à une mère biologique instable. Ballotté de ville en ville par une génitrice toxicomane et prostituée, Jérémie quitte brutalement l'enfance pour explorer les Enfers. Il y fait l'apprentissage douloureux de la brutalité du monde.

La réalisatrice orchestre avec rage la rencontre choc entre deux Amérique : l’une ultra religieuse, rigoriste, suffocante d'hypocrisie, et l’autre, celle des laissés pour compte, marginale et déstructurée. Entre ces deux polarités, un gouffre, une béance tragique, un abîme de souffrance : l’innocence perdue.

Ce second long métrage consacre la maturité d’une réalisatrice qui signe là une sorte «d’œuvre au noir». Le film progresse de la lumière vers les ténèbres. Le noir envahit progressivement le cadre. Un tas de charbon, tout autant ludique que mortifère, amorce le processus endémique. Des cheveux jusqu’aux vêtements, la blondeur angélique disparaît au profit d’une folie dévorante qui consume les personnages de l’intérieur.

En prenant à bras le corps son sujet et en assumant le rôle de la mère indigne, Asia Argento se met en danger constamment. Elle entraîne dans son sillage une distribution idéale : de Marylin Manson, démaquillé et troublant, en passant par un Peter Fonda ambigu à souhait, Ornella Mutti, Winona Ryder ou bien encore John Robinson, le blondinet de Elephant.

Nulle complaisance malsaine, bien au contraire. La réalisatrice sauve son entreprise et ses personnages (pourtant très "chargés") par un regard empli de compassion et de pudeur douloureuse.

Tendu par une énergie de tous les instants, le film dynamite les repères habituels de la société : famille, éducation, religion.
Punk, Le Livre de Jérémie l’est jusque dans son esthétique « sale » et parce qu’en dehors de l’implosion, aucune alternative ne s’offre à la fois au film et aux personnages, tout comme dans Out of the Blue (1980) de Dennis Hopper, une influence majeure revendiquée par la réalisatrice.

Véritable « soleil noir », Le Livre de Jérémie brûle les consciences, calcine la chair âcre de la morale pour ne laisser que des cendres.

21/1/2005 Figures de l'éreintement



A gauche, Christian Bale dans The Machinist
A droite, Self Portrait, Mark Morrisroe (1986)


Quoi ? Encore Christian Bale ?! Mais l’auriez-vous reconnu ? Celui dont je vantais les atouts ici compose un ouvrier famélique dans The Machinist, sorti sur les écrans cette semaine. Très stylisé, le film décrit les égarements d’un héros insomniaque depuis un an, et poursuivi par un personnage délétère.
Le vrai sujet de The Machinist n’est tant pas la résolution d’une énigme -par ailleurs très vite éventée- que le corps de Christian Bale. Maigre à faire peur (il a perdu 30 kilos pour le rôle), aux antipodes de l’image de « cover boy » qu’il donnait jusqu’alors, Bale livre là sa meilleure prestation. Excédant la simple « performance », l’acteur, dont le corps a toujours constitué un instrument de travail, parvient à susciter l’empathie. Paradoxalement, Bale gagne « en épaisseur » quand il se dépouille de cette enveloppe corporelle avantageuse qui lui a valu d’être trop rapidement considéré comme un bellâtre, au registre limité. Ici, il se donne « à corps perdu » et la prise de danger est maximale puisqu’elle touche à l’intégrité physique. Certes, l’ossature narrative de The Machinist est aussi fragile que celle du personnage, le scénario malingre, mais l’ acteur rencontre enfin un premier rôle à sa mesure.
Ce corps éreinté, m’a fait penser, de loin en loin, aux travaux photographiques de Mark Morrisroe, un des cinq du groupe de Boston, dont la figure de proue est Nan Goldin. Le corps dans ses états pathologiques, sensoriels, hante les clichés de Morrisroe, obsédé par la mémoire et la trace. Ce dernier, mort du sida, dans les années 90, a tenu à se représenter jusque dans ces derniers instants. Une démarche malsaine ? Non, mais tendue par l’urgence de témoigner avant qu’il ne soit trop tard. Ces corps déliquescents, constamment menacés de disparition, malades, décharnés suscitent la compassion, au sens étymologique du terme (cum patio, « avec souffrance ») : il est insoutenable de les regarder, mais nécessaire de ne pas se soustraire à leur vue. Du voyeurisme ? Non, une forme d’hommage à ce qui est amené à disparaître. Le seul cinéaste aujourd’hui à se rapprocher des travaux du Boston Group est Abel Ferrara. Le cinéaste a en commun l’intérêt pour des communautés marginales et des milieux interlopes (prostituées, toxicomanes, travestis), la captation des corps, l’intime, autant de composantes qui nourrissent des fictions à valeur documentaire.
Le trait commun à toutes ces représentations du corps, ce qui les lie et les rend si bouleversantes, c’est l’« immense fatigue » qui en émane. «Peut-être la fatigue est-elle la première et la dernière attitude, parce qu’elle contient à la fois l’avant et l’après» disait Deleuze. Hypothèse que vérifie sans cesse le cinéma.

16/1/2005 Epidermique

Bonjour,

Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.

A bientôt sur Contrechamp Media 

 

 


16/1/2005 La vie antérieure

Bonjour,

Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.

A bientôt sur Contrechamp Media 

 


09/1/2005 Otage des images

Bonjour,

Ce texte a déménagé ! Vous pouvez désormais le lire à cette adresse.

A bientôt sur Contrechamp Media