21/12/2004 Parfum de femme



"Une femme sans parfum est une femme sans avenir" affirmait l'icône de mode Coco Chanel, créatrice du mythique Numéro 5, pour lequel Nicole Kidman prête son image.
Conçu comme un long métrage de cinéma (une production de 10 millions d'euros soit le budget de deux films français, un travail de communication offensif, une volonté de raconter une "histoire éternelle"), le spot ne laisse cependant pas un souvenir impérissable. Vague resucée du baroque Moulin Rouge, la publicité s'origine dans le medium cinématographique dont elle emprunte les codes narratifs et esthétiques. Nul besoin cependant de s'émouvoir. Les noces entre le cinéma et la publicité ont été célébrées depuis longtemps. Ne perdons pas de vue, non plus, que le cinéma est une industrie.
Alors qu'est-ce que cette gesticulation publicitaire produit ? un sentiment de vanité certain. Mais pas uniquement.
Que la publicité soit ratée n'est pas l'important. Il reste Nicole Kidman et sa mythologie. Au firmament de sa beauté et de sa carrière, l'actrice incarne son propre rôle dans une troublante mise en abyme.
La publicité pour Chanel N° 5, objet dérivé, se transforme en un film documentaire sur une star qu'il n'est plus même utile de nommer ("la femme la plus célèbre du monde" entend-on en voix off).
Kidman a annoncé qu'elle mettait fin à sa carrière, ne supportant plus la pression médiatique et les contraintes des tournages. Quand la publicité, miroir réputé déformant, se fait le reflet de la vérité !
Pour faire écho à la phrase de Coco Chanel, Nicole Kidman a aujourd'hui un parfum...et l'éternité devant elle.

16/12/2004 Désirs hybrides

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14/12/2004 Antonioni ou le paysagisme abstrait


Le Désert Rouge de M. Antonioni.


"Antonioni, incorrigible Italien, ne cesse jamais, lui, de se réclamer de l'esthétique. Ses objets de beauté sont ceux des peintres actuels. Détritus, surfaces rouillées, eaux croupissantes, mécaniques incompréhensibles, murs rongés, Picasso, Gonzalez, Calder, Kemeny, bien d 'autres sont passés par là."

"Quand, dans une parenthèse exaltée, il consent à laisser chanter la nature, c'est d'une nature assez peu "naturelle" qu' il s'agit, où le sable est rose et les rochers semblent faits de chair. Encore est-ce là un paysage non "déformé", soit par les hommes, soit par le cinéaste, un paysage né surréaliste, qui se range naturellement dans le musée de l'auteur, auprès des moments à la De Chirico maintes fois remarqués dans son oeuvre, ces coins de rue déserts et hantés (...)".

Roger Tailleur, Viv(r)e le Cinéma, Institut Lumière, Actes Sud, 1997.

12/12/2004 Lune - De 2001 à Mission to Mars

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11/12/2004 Déserts - De Zabriskie Point à Gerry

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10/12/2004 Volcans - De Stromboli à Théorème

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07/12/2004 Les cinéphiles sont des imposteurs



«La Mort dans l’œil», par Stéphane Zagdanski, Maren Sell Editeurs, 392 p., 20 euros.

Cinéphile rime avec inutile ? Ce n'est pas moi qui le prétend, mais Stéphane Zagdanski dans son corrosif essai La mort dans l'Oeil : Critique du cinéma comme vision, domination, falsification, éradiction, fascination, manipulation, dévastation, usurpation (!).

La présentation de l'auteur est édifiante :
"Puéril, plat, empoté, niaisement onirique à ses débuts, le cinéma s'est rattrapé en nivelant sauvagement la réalité à son image. Des frères Lumière jusqu'à Matrix en passant par Godard, il obéit à une idéologie machinale dont le venin, qui coule désormais dans les moindres veinules du globe, imprégna chaque molécule celluloïdée dès son apparition. Qu'on ne se méprenne. Je n'écris pas contre le cinéma. La camelote est moins méprisable que l'extasié corrompu qui la vend. L'idole est un bout de bois, l'abruti c'est l'idolâtre. Ce livre risque de déranger bien des routines d'exaltation réflexe. Jusqu'à ce jour, nul n'avait pensé le Veau d'or en forme de caméra-mitraillette - les rêves qu'il suscite, les cauchemars qu'il engendre, sa genèse daguerréotypée et sa mue multimédiatique ni l'étonnant néant qui relie ces deux extrémités. Le mal est réparé".

Violemment pris à parti par l'auteur, Jean-Luc Godard a accepté de rencontrer l'essayiste dans une émission de France Culture, dont voici quelques morceaux choisis :
Jean-Luc Godard – Quand j’ai commencé à tourner, un couple ne pouvait pas se marier sans s’entendre sur les films. Aujourd’hui, le type peut aimer Luc Moullet, la fille, préférer Bruce Willis. C’est la raison pour laquelle votre livre m’a plu. Ça m’a rappelé les affrontements entre Cocteau et Mauriac, ou la façon terrible dont les surréalistes parlaient d’Anatole France. Les injures de «Positif», aussi. Il y a des moments où j’ai ri de bon cœur, et qui sont surtout très justes.
Stéphane Zagdanski – M’attaquant au cinéma, je ne pouvais pas épargner Godard. Le cinéma aujourd’hui, c’est vous. J’ai appliqué ici les principes de la guerre selon Nietzsche, ceux utilisés contre Wagner. Premier principe: n’attaquer que des causes victorieuses. Godard et le cinéma sont des causes victorieuses.
J.-L. Godard – J’aimerais bien… [Rires.]
S. Zagdanski – Des bidonvilles du quart-monde où on dévore les films «bollywoodiens» jusqu’à l’intello fou de Bresson, personne n’oserait dire aujourd’hui qu’il n’aime pas le cinéma, ni surtout qu’il le méprise. Second principe: attaquer en solitaire. Dans les années 1970, à part Debord, personne n’a remis substantiellement en question ce qu’est le cinéma. On se disputait juste «pour ou contre la Nouvelle Vague». Autre principe: pas d’attaques personnelles. Le nom propre ne sert que de loupe pour analyser une crise. Quand je dis que Godard est «le» cinéaste du neutre, c’est pour parler de la neutralité propre à l’image. Dans une photo, le positif équivaut au négatif. C’est pourquoi le cinéma a servi toutes les propagandes, et qu’un génie du cinéma comme Eisenstein a pu ramper sous un régime ignoble. C’est impensable dans la grande littérature.
J.-L. Godard – Je suis d’accord, à condition de dire qu’il y a autre chose quand même... Mon amie Anne-Marie Miéville, bien qu’elle respecte le cinéma comme art, dit elle aussi qu’il y a quelque chose d’infiniment triste dedans. Un profond renoncement à l’essentiel. C’est fait de renoncements depuis le début, le cinéma. D’abord techniques. On veut tourner avec Kim Novak, elle n’est pas libre. On veut du soleil… J’ai toujours renoncé à tout, pourtant j’ai continué.

A première vue, un dialogue de sourds... Dès que j'aurai lu cet ouvrage- au demeurant hilarant pour un cinéphile dont il fait un portrait désastreux- j'y reviendrai assurément.
Merci à Esther pour m'avoir signalé la nouvelle publication de l'auteur du déjà provocateur Le Cinéma n'existe pas.

05/12/2004 Haute solitude

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05/12/2004 Wim Vandekeybus : la répétition et l'infection



La danse, convulsive dans un premier tableau, amoureuse dans le second et désespérée dans le dernier, dessine un équilibre précaire. L’histoire s’écrit par touches impressionnistes, dans un décor de port mal famé. C’est le récit d’une rencontre, d’argent extorqué, de meurtre enfin et de chute surtout.
Sonic Boom, dernière création du chorégraphe néerlandais Wim Vandekeybus, renvoie au titre d’une émission de radio animée par un logorrhéique DJ. La chorégraphie se déploie en fonction de ce programme. La voix atonale domine les corps, les subordonne jusqu’à les engager dans un jeu brutal : « Jacques a dit, entaille-toi le torse ». Autant d’ordres assénés comme des coups de poings, ceux-là mêmes qui rougissent la poitrine d’un danseur christique. Le son mat et répétitif devient assourdissant pour la moitié de la salle. Les fauteuils claquent. Les insultes fusent. Je tiens le coup car je suis sûre de la démarche du chorégraphe qui a imposé, dès les premières minutes, un vrai univers.
Sa « curieuse chorégraphie de la mort » parle de déréliction selon une progression inéluctable. En « appuis » dans un premier temps, constamment au bord du déséquilibre, les danseurs finissent par chuter inexorablement dans un dernier tableau sans espoir, qui trouve des réminiscences dans le mythe de Sisyphe.
Si l’amour est affaire de « répétition et d’infection », comme le dit la voix off, la danse de Vandekeybus l’est également. Tout en récurrences, elle s’insinue, délétère et envoûtante, dans l’esprit, le contamine.
"Plus on vit de façon extrême, plus on donne de la vitalité à la danse de façon extrême et plus on se rapproche de la mort. Cela me semble également être le cas avec les émotions : si l'on va très loin dans le positif ou le négatif, c'est comme si les deux se rejoignaient et ne faisaient qu'un dans un autre environnement." (Wim Vandekeybus). Assurément, le spectacle le plus fort de cette saison chorégraphique.

Cf note de Moland sur le sujet.
P.S : le cinéma, comme la danse, sont tous deux l'art du mouvement au centre duquel le corps occupe un rôle majeur. En conséquence, cette nouvelle rubrique "danse", que j'inaugure, me semble naturellement trouver sa place sur ce blog.

02/12/2004 Quizz interdit saison 2 - N° 2

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Notes 1 - 10 / 11