13/8/2004 Quand Paul Klee rencontre Buster Keaton

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13/8/2004 Le rendez-vous de Madrid



Panneau central du Jardin des Délices. Détail.


Un voyage peut-il se justifier pour un tableau ? Depuis des années, je voulais voir le triptyque Le Jardin des Délices du mystérieux Jérôme Bosch. D’une ville l’autre, mes pas m’ont conduit à Madrid, point d’orgue d’un voyage nomade. J’avais un rendez-vous. Au détour d’une salle, le tableau m’a trouvée.
Premières impressions : un triptyque moins monumental que je le supposais et surtout, une intimité immédiate. Un vertige : le syndrome de Stendhal ? Je m’absorbe dans une contemplation obstinée qui exclut le partage avec les autres spectateurs présents.
Le Jardin des Délices n’a jamais pu être interprété de façon pleinement satisfaisante car les éléments exposés sont ambigus et contradictoires. Bosch représente les trois dangers de la vie chrétienne : la terre, le démon et la chair. L’artiste concentre ses efforts sur la chair à laquelle il dédie le panneau central. Le volet de gauche est attribué au Paradis, au jardin d’Eden et celui de droite, à l’Enfer.
J’ai initié ce blog en orchestrant une rencontre entre l’œuvre de David Lynch et celle de Bosch. En toute logique, je devrais le refermer ici.
Qu’est-ce que le Jardin des Délices ? Si l’intention moralisante et didactique est évidente, plusieurs analyses s’opposent : métaphore sur la fugacité des plaisirs de la vie et sur la nostalgie des délices qui conduisent à la perdition ? Représentation d’un faux paradis ? Condamnation ou célébration de la sensualité ?
On ne sait rien de Jérôme Bosch qui n’a laissé ni lettre, ni journal et qui ne datait pas ses tableaux. Paradoxe d’une œuvre offerte au regard et qui se dérobe au sens. S’évanouir dans les salles adjacentes et conserver au fond de soi la Beauté intangible.