30/6/2004 Quizz interdit n°8




Quel est ce personnage rasé de près ? Dans quel film ?

29/6/2004 Mes nuits sont plus belles que vos jours

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27/6/2004 La femme fatale dans 24h Chrono

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27/6/2004 Gay Pride 2004 [3]

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27/6/2004 Gay Pride 2004 [2]

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26/6/2004 Gay Pride 2004 [1]

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22/6/2004 Split screen

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19/6/2004 Tokyo DV


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18/6/2004 Chambara du choix



Zatoichi.

Après le mélodrame (Dolls), Takeshi Kitano revient à la « manière » japonaise, en mettant en scène un chambara ou film de sabre nippon, traversé par des fulgurances visuelles et narratives.
Tout en s’appropriant les codes intrinsèques au genre, Kitano évoque ses thèmes de prédilection : la représentation (le final a lieu sur une scène), le burlesque (contrepoint au désespoir et à la violence), ainsi que l’enfance et son pendant, l’innocence perdue.
Le réalisateur incarne ici Zatoichi, personnage récurrent d’une série télévisée populaire au Japon dans les années soixante. Cependant, il donne une envergure toute personnelle au masseur aveugle, samouraï émérite, excellant dans le maniement du sabre. Il nourrit ainsi le personnage de son humour et de son art consommé du décalage.
Sur la trame classique de la vengeance, Kitano construit un film pléthorique, enchâssé par les récits de personnages rencontrés par le masseur : du couple de geishas au joueur de dés invétéré, en passant par la veuve rackettée, tous ont un compte à régler avec l’Organisation qui fait régner la terreur sur le village… à commencer par Zatoichi lui-même.
Kitano joue sur les faux-semblants. La vérité est travestie pour se révéler progressivement, à l’instar de la fausse geisha (un jeune garçon que sa sœur a initié à l’art de la séduction) et du mystérieux masseur, dont le statut usurpé et la cécité factices lui permettent de parachever son entreprise de mort.
Loin d’être édulcorés par le recours aux effets numériques, les combats, d’une violence rare (membres amputés et effusions de sang dans la plus pure tradition japonaise) frappent par leur fulgurance, leur virtuosité et la rythmique qui les accompagne.
L’habillage sonore du film se révèle des plus inventifs. Ainsi, l’usage de la musique électronique, qui entoure les combats, surprend chez Kitano. La plupart des scènes imposent leur rythme singulier (des tintements jusqu’aux percussions, pour finir sur un logique numéro de claquettes, figuration de la rencontre entre l’Orient et l’Occident comme dans Aniki, mon Frère). Cette bande son originale confère à la plupart des séquences leur lyrisme ou leur fantaisie.
Mais en dépit de ses nombreuses qualités formelles, pourquoi considérer Zatoichi comme une production mineure dans l’œuvre de Kitano ? Tout simplement parce que le cinéaste avait enchanté notre regard avec des films traversés de part en part par une émotion et une poésie qui font cruellement défaut ici (Hana Bi, Sonatine). L’alternance de séquences burlesques et mélodramatiques fonctionne beaucoup moins bien dans Zatoichi, car elle crée des ruptures narratives, à l’inverse des précédents films de Kitano où ces deux pôles coexistaient harmonieusement. Il n’empêche, « tous les combats sont grandioses pour le victorieux » !

Sandrine Marques

Article paru sur plume-noire.com


18/6/2004 Chiwawa murder party



Gozu de Takashi Miike


Mais à quoi carbure le prolifique Takashi Miike pour réaliser des films aussi cinglés ? Au lait maternel premier âge ? Certes, l’effusion lactique, récurrente dans son cinéma (Visitor Q), semble l’obséder au plus haut point. Mais cela n’explique pas tout !
Qu’on en juge : un yakuza au bout du rouleau se met à exterminer les chiwawas, convaincu que les pauvres bêtes ont fomenté la destruction de ses congénères. Ses accès paranoïaques se multipliant, il devient une menace pour son Organisation. Son boss ordonne son exécution et charge l’ami le plus fidèle du malfrat du sale boulot. Commence alors un étrange voyage, hors de la ville.

Freud lui-même aurait renoncé à décrypter ce salmigondis narratif, mâtiné d’Œdipe mal réglé, d’homosexualité refoulée, de dégoût pour la femme et notamment pour la parturiente. Car la très grande scène du film reste bien celle où le yakuza, qui s’est transformé, par quelque nébuleuse opération du Saint Esprit, en superbe femme, accouche de lui-même, sous les yeux horrifiés de son ami, fraîchement dépucelé par la créature ! Lars Von Trier peut aller se rhabiller. Ce climax horrifique dépasse de loin l’accouchement, pourtant ô combien traumatisant, de The Kingdom.

De quoi faire tourner de l’œil les âmes les plus sensibles, si le rire, contagieux, ne l’emportait pas face à tant d’horreurs. Miike a sous-titré son long métrage « yakuzas horror theater». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous trompe pas sur la marchandise !

S’il appartient indéniablement au cinéma « bis », Gozu ne ressemble pourtant en rien à un bricolage « arty ». Visuellement élaboré, le film nous entraîne aux confins du fantastique et de l’horreur. Hors de la ville, les fantômes investissent la fiction, les pulsions se déchaînent jusqu’au paroxysme. Ainsi, la relation homosexuée, unissant les deux protagonistes, engendre une belle tueuse qui n’aura de cesse de se venger. La mort du libidineux Parrain, spécialiste en détournement d’accessoires de cuisine à des fins peu avouables, constitue assurément un autre grand moment du film !

Comment réagir face à une fiction aussi délirante ? Accepter de se laisser happé par le flot ininterrompu de scènes scabreuses ? en apprécier le caractère tout à la fois sulfureux et potache ? Enfin, s’interroger. Qu’est-ce donc, au final, que Gozu ? Une magnifique histoire d’amour trash, un ovni échappé de l’imagination malade d’un cinéaste résolument culte. Et assurément, l’un des films les plus barrés de cette décennie !

Sandrine Marques

Article paru sur plume-noire.com



Notes 1 - 10 / 26