28/5/2004 Glamorama

L'impression d'étrangeté, de vacance même, ne se dissipe pas, bien au contraire, au terme de ces 15 jours de Festival de Cannes.
Entre la tenue du blog, l'écriture au quotidien d'articles et 4 à 5 films vus par jour en moyenne, je n'ai pas eu le loisir de me reposer beaucoup.
Mais la seule fatigue ne saurait expliquer ce profond déphasage. J'ai le sentiment d'évoluer depuis peu dans l'univers glacé de Bret Easton Ellis : des individus se croisent, jeunes, beaux, branchés...superficiels
Dans Glamorama, les fêtes se succèdent, enivrantes et futiles. Les personnages, aussi intimes, qu'ils puissent être ou avoir été, souffrent d'amnésie. Personne ne se reconnaît chez Ellis. Les héros se côtoient, se croisent encore mais tout est à recommencer.
Roger Avary, qui a signé avec The Rules of Attraction une adaptation définitive du roman éponyme de Bret Easton Ellis, a su rendre compte de ces mnésies. Son cinéma est en parfaite adéquation avec l'univers du romancier.
Chez Ellis, les personnages vivent dans un présent permanent. Ce sont des pellicules vierges, frappées d'un vice de fabrication : elles n'impriment pas. Ni images, ni souvenirs.
Cannes est à l'image du livre Glamorama. Rien n'est fixe, ni tangible. A commencer par les relations sociales.
Je vis en ce moment dans cet espèce de détachement quasi pathologique, à l'image de ce que décrit Jonathan Caouette dans le viscéral Tarnation, vu cet après-midi, dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs.
Comme si tout ceci n'était pas assez perturbant, il a fallu que Gaspard Noé vienne s'asseoir juste à côté de moi pendant la séance. C'était vraiment la chose la plus atroce qui puisse m'arriver. Pendant tout le film, j'ai pensé à la critique incendiaire que j'avais écrite à propos d'Irréversible. Mais heureusement, nous ne nous connaissons pas. C'est parfois une bonne chose l'amnésie, mieux l'anonymat.






