09/3/2004 Les Feux de la Rampe



De quels films sont extraits ces photogrammes ? Et pour remporter le super banco, quel est leur point commun ? Le titre du post est le seul indice que je consens à donner.




Le premier photogramme est extrait de L'homme de la Rue (Meet John Doe, 1941) de Franck Capra. L'actrice est Barbara Stanwyck.

Le second, c'est Une Etoile est née (A Star is Born, 1937) de William Wellman avec Juliet Gaynor, Fredric March et Adolphe Menjou (bravo JS !).

Il y a deux points communs en fait : Barbara Stanwyck, égérie de Capra et du film noir, a été dirigée également par Wellman plusieurs fois.

Le second point commun : ces films sont des récits d'ascension, des "success story" amères où des anonymes accèdent du jour au lendemain à la notoriété et à la gloire.


Dans L'Homme de la Rue, Stanwyck incarne une journaliste furieuse d'avoir été licenciée de son journal et qui, avant de partir, tape une lettre (cf photogramme) qui va déclencher un véritable raz-de-marée.

Elle s'y fait passer pour un type, John Doe (ou Monsieur X), au bout du rouleau, sans emploi et qui annonce son suicide. La population et les politiques s'émeuvent de cette histoire et Ann, réintégrée illico dans la rédaction, est sommée de trouver l'individu qui incarnera son personnage. Elle organise donc un casting. Des clochards se présentent, dont le parfait John Doe. Il ne tarde pas à devenir très populaire grâce aux médias mais fait l'objet de toutes les récupérations, tant est si bien qu'écoeuré il envisage de se suicider, selon le scénario de la journaliste qui, amoureuse, le sauve in extremis.

Capra a réalisé ce film en 1941, soit en plein pendant la seconde guerre mondiale. Il y dénonce en filigrane la propagande hitlérienne et le pouvoir de manipulation des médias.

Alors qu'a inventé la télé réalité ? Qu'y a-t-il de nouveau là-dedans ? L'homme de la rue "starisé" constituait déjà une matière fictionnelle pour des réalisateurs, il y a plus de 60 ans ! Peut-on encore parler de néo-stars avec les candidats de la télé-réalité ?

En ce qui concerne Une Etoile est née, j'ai une tendresse particulière pour la version de Wellman que je trouve supérieure à celle de Cukor à cause de son charme unique, de l'interprétation et des très bons dialogues.

Ce mélo de la plus belle eau met en scène une jeune fille qui rêve au coin du feu : elle veut faire du cinéma. Aidée de sa grand-mère, elle prend le train de nuit, direction Hollywood. Après des débuts chaotiques, elle devient une grande vedette, rafle un oscar (cf photogramme). Mais le couple qu'elle forme avec un acteur alcoolique se disloque et la mène au drame.

Que fait la télé-réalité si ce n'est s'appuyer sur ce fantasme de célébrité ?

D'ailleurs, pour ceux qui ont le câble, mercredi 17 passe sur Planète, à 20h45, une émission qui s'appelle "Candidats", "enquête sur les motivations des personnes prêtes à tout pour passer à la télé" et avec les candidats du Loft 1. A vos magnétoscopes !

S.

09/3/2004 Qu'a-t-elle vu ?


The Ghost and Mrs Muir

Mon blog ne se nomme pas "contrechamp" pour rien... Quel est justement le contrechamp de cette photo ? Attention, réponse très précise exigée.
Qu'a donc vu Lucy Muir ?

1) Le tableau du capitaine Gregg
2) sa gouvernante à quatre pattes en train d'attiser l'âtre
3) la fenêtre qu'elle venait de fermer, de nouveau ouverte. Sa bougie ne va pas tarder à être soufflée...
4) Sa gouvernante dans la cuisine, en train de faire chauffer de l'eau pour sa bouillotte
5) Sa petite fille en train de parler au fantôme du capitaine Gregg
6) le fantôme du capitaine Gregg

La dernière proposition est la bonne !

Il y avait un piège : lorsque Lucy Muir visite la maison pour la première fois, elle découvre en effet le portrait du capitaine Gregg qui émerge de l'obscurité et a un petit sursaut. La peinture semble vivante, paradoxe de l'incarnation que ne cessera de décliner Mankiewicz tout au long de ce film déterminant pour moi, puisqu'il m'a fait tomber en cinéphilie comme en tombe en amour !

Il s'agit là d'une première rencontre, en somme de la plus émouvante. Deux instances inconciliables se rejoignent : l'incarné et le désincarné, le mortel et l'éternel. Le romantisme revendiqué du film, son élégance et sa modernité en font une oeuvre unique et marquante.

Le fantôme interprété par Rex Harrison n'a jamais quitté ma mémoire, souvenir nostalgique de l'enfance mais film heureusement retrouvé à l'âge adulte comme "l'éternité" godardienne.

Résonne encore dans ma tête la sompteuse partition expressionniste de Bernard Hermann (on a l'impression d'entendre le vent et les vagues qui se brisent), inspirée de Debussy.

Enfin, reste Gene Tierney, inoubliable Lucy Muir toute de grâce, de détermination. Elle incarne l'héroïne moderne, émancipée avant l'heure, affranchie mais vouée, revers de la médaille, à une solitude tragique.
Ce film originel et cette actrice m'ont emmenée tout naturellement sur les rivages du film noir (Laura d'Otto Preminger).

Et puisque l'on parle de genèse, le cinéma, ombres projetées, ne raconte-t-il pas que des histoires de fantômes ?

Il est décidément des rencontres déterminantes...
S.